Pochette de l'album "Dream Temperature" par l'artiste Anenon (Brian Allen Simon).

ANENON

Dream Temperature

ambientsoundtracks
Label

Tonal Union

Origine

USA

Année de sortie

2026

Pochette de l'album "Dream Temperature" par l'artiste Anenon (Brian Allen Simon).

ANENON

Dream Temperature

ambientsoundtracks
Label

Tonal Union

Pays

USA

Année de sortie

2026

ANENON | Dream Temperature

Sur Dream Temperature, Brian Allen Simon, alias Anenon, explore un territoire où l’éveil n’a pas complètement effacé le rêve. Souffle numérisé, piano en clair-obscur, saxophone spectral et enregistrements de terrain s’y fondent dans une œuvre à la fois intime, brumeuse et vibrante. Un disque qui ne cherche pas tant à capter l’attention qu’à déplacer notre état intérieur.

Un album d’ambient contemporaine traversé par le souffle

Avec Dream Temperature, Anenon ne livre pas seulement une nouvelle collection de morceaux atmosphériques. Il propose une musique de seuil, une musique qui semble se tenir à l’endroit précis où la conscience flotte encore, engourdie par la nuit, hésitant entre présence et disparition.

Saxophoniste, producteur et compositeur installé de longue date à Los Angeles, Brian Allen Simon poursuit ici une trajectoire singulière, loin des chemins balisés. Depuis plusieurs années, ses albums tissent un dialogue subtil entre improvisation, électronique, composition contemporaine et espace mental. De Petrol à Tongue, puis au poignant Moons Melt Milk Light, Anenon a toujours avancé selon une logique non linéaire, préférant les zones de frottement aux certitudes formelles.

Mais Dream Temperature marque une inflexion. Là où son précédent disque déployait une parenthèse acoustique et volontairement dépouillée, celui-ci réintroduit une électronique plus dense, plus diffuse, plus onirique. Une électronique qui ne se substitue jamais au geste humain : elle le prolonge.

Je voulais créer une musique qui amène l’auditeur à oublier qu’il l’écoute.

Comment Anenon transforme la respiration en matière sonore

L’un des aspects les plus fascinants de l’album réside dans son principe même de fabrication. L’électronique de Dream Temperature est déclenchée par le souffle de Brian Allen Simon, via un synthétiseur à vent devenu outil central de composition, aux côtés du piano acoustique et du saxophone ténor.

Ce détail technique n’a rien d’anecdotique : il donne au disque sa qualité organique. Les nappes éthérées, les basses profondes, les souffles synthétiques et les textures brumeuses semblent tous reliés à une respiration réelle, à une présence physique. L’ordinateur portable n’est pas ici un poste de commande froid, mais une chambre de transformation pour des matières sonores vivantes, traversées aussi par des enregistrements de terrain personnels réalisés en Sardaigne, au Japon, à Big Sur et à Los Angeles.

Cette façon de faire donne naissance à une musique paradoxale : très travaillée, mais jamais figée ; immersive, mais jamais décorative ; raffinée, mais toujours hantée par quelque chose de plus brut, de plus instable, de plus humain.

Tracklist

Dream Temperature | Avril 2026

Dream Temperature : un paysage sonore entre mélancolie, tension et dérive

Dès le morceau-titre, Anenon installe son climat : sifflements de saxophone numérique en sourdine, textures vaporeuses, basses profondes, impression de lente descente dans une zone intérieure où tout paraît à la fois net et trouble. La sensation évoque cet instant si particulier du réveil où les contours du rêve se dissolvent sans disparaître complètement.

L’ensemble du disque est traversé par cette oscillation entre brutalité urbaine et quiétude pastorale. Les morceaux s’enchaînent comme des états de conscience plutôt que comme de simples compositions. Il y a là une tension feutrée, une manière de faire dériver les ambiances sans jamais les résoudre tout à fait.

Les pièces pour piano Last Sun 1 et Last Sun 2 ouvrent des zones de tendresse presque irréelles. Leurs timbres délicats percent la brume générale avec une élégance qui peut évoquer Ryūichi Sakamoto, la rigueur introspective de Keith Jarrett ou certaines miniatures suspendues d’Aphex Twin. À l’inverse, Nulle Part 1+2 voit surgir le saxophone ténor acoustique au milieu de bourdonnements et de résidus sonores, comme un appel lancé dans le vide, puis réabsorbé par la matière numérique.

Plus loin, When the Light Appears, Boy affirme une dimension plus ample, plus brute, tandis que Toyama déploie un voile fantomatique qui rappelle parfois certaines ombres post-dubstep, quelque part entre Burial et Nigel Yang. Mais Anenon ne s’installe jamais dans la citation. Il absorbe ces résonances pour mieux inventer sa propre topographie émotionnelle.

D’une certaine manière, cet album tire son essence des distorsions des souvenirs personnels et des réalités collectives.

Los Angeles, la nuit et les réalités déformées d’Anenon

Enregistré chez lui, au crépuscule ou pendant la nuit, entre septembre 2024 et octobre 2025, Dream Temperature porte aussi la marque du temps long et d’un travail solitaire. Brian Allen Simon y agit comme un diariste sonore, captant non seulement des sons, mais des états, des intensités, des températures affectives.

Cette sensibilité n’est pas nouvelle chez lui. Déjà, Petrol traduisait l’immensité étrange de Los Angeles, sa circulation nerveuse, sa mélancolie horizontale, son mélange de tension et d’étendue. Mais sur Dream Temperature, cette géographie extérieure semble avoir glissé vers l’intérieur. La ville, les voyages, les souvenirs, les paysages et les perceptions collectives y sont comme filtrés par une conscience flottante.

Anenon le formule lui-même avec justesse : « D’une certaine manière, cet album tire son essence des distorsions des souvenirs personnels et des réalités collectives. » Tout est là. Dream Temperature ne reproduit pas le réel : il en capte les déformations sensibles.

Un disque immersif qui laisse une trace après l’écoute

Une phrase d’Etel Adnan a marqué Brian Allen Simon : au réveil, on porte encore en soi la température du rêve. Cette idée semble irriguer tout l’album. Anenon dit vouloir créer une musique qui fasse oublier qu’on l’écoute, une musique dans laquelle on se perd, sans savoir exactement quand elle commence ni quand elle finit.

Le pari est tenu. Dream Temperature ne cherche ni l’effet spectaculaire ni l’abstraction pure. Il ouvre un espace plus rare : celui d’une écoute qui transforme légèrement l’état de celui qui s’y abandonne. Envoûtant, élégant, trouble et profondément personnel, cet album confirme qu’Anenon demeure l’une des voix les plus atypiques et fascinantes de la création expérimentale actuelle.

A propos d' Anenon

Né et basé à Los Angeles, Brian Allen Simon enregistre et se produit sous le nom d’Anenon. Son travail explore la rencontre entre électronique, improvisation libre, modernisme classique et ambiances spirituelles. Fondateur du label Non Projects, il a aussi publié sur Friends of Friends, Ghostly International, Innovative Leisure et Brownswood. Sa trajectoire se distingue par une recherche constante autour de l’espace, du souffle, de la narration sonore et de la porosité entre acoustique et traitement numérique.

Sur Dream Temperature, le rêve n’est pas un refuge. C’est une matière mouvante, un climat intérieur, une façon d’habiter le monde autrement,  avec un peu plus de trouble, un peu plus de profondeur, et cette étrange clarté que l’on ne trouve qu’au bord de l’invisible.

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