Pochette de l'album "UMWeLT" par l'artiste Igor Ballereau

IGOR BALLEREAU

UMWeLT

ambientsoundtracks
Label

Pharmafabrik

Origine

Cherbourg, France

Année de sortie

2026

Pochette de l'album "UMWeLT" par l'artiste Igor Ballereau

IGOR BALLEREAU

UMWeLT

ambientsoundtracks
Label

Pharmafabrik

Pays

Cherbourg, France

Année de sortie

2026

IGOR BALLEREAU | UMWeLT

Une boucle de cheveux abandonnée sur une surface laiteuse, comme un indice après disparition. C’est peut-être par cette image qu’il faut entrer dans UMWeLT : non comme dans un simple album, mais comme dans une chambre perceptive où les sons flottent, se défont, reviennent par fragments. Igor Ballereau y compose un monde intérieur fluide et hanté, traversé de voix indistinctes, de traces acoustiques et de mirages électroniques. Un disque de mémoire liquide, de cinéma intime et de fantômes subjectifs.

UMWeLT — La vie secrète des mondes intérieurs

Le mot Umwelt, emprunté au biologiste et philosophe Jakob von Uexküll, désigne ce monde propre à chaque être vivant : non pas l’environnement objectif, froidement mesurable, mais la bulle perceptive dans laquelle chacun avance, interprète, tremble, se souvient. Igor Ballereau ne pouvait trouver meilleur titre pour cette musique qui semble flotter dans un aquarium de mémoire.

Ici, rien ne s’impose frontalement. Tout apparaît par condensation. Une voix indistincte. Une rumeur de conversation. Une cour d’école lointaine. Un souffle de pièce. Un bourdonnement humain dont on ne sait s’il vient d’un rêve, d’un disque usé, d’une bande retrouvée ou d’une vie antérieure mal effacée. UMWeLT ne raconte pas une histoire : il en conserve l’empreinte thermique.

La pochette, conçue par Ballereau lui-même, en dit déjà beaucoup : une boucle de cheveux posée comme un vestige organique, un alphabet intime, une relique minuscule devenue paysage. Quelque chose du corps, de l’absence et du cercle y travaille silencieusement. On dirait une orbite fragile, un nœud de temps, une preuve matérielle déposée au fond d’un rêve.

Chez Igor Ballereau, le souvenir n’est jamais raconté frontalement : il affleure, il tremble, il laisse des traces comme une buée sur une vitre.

Quatre pièces comme quatre chambres de perception

L’album se compose de quatre mouvements, simplement nommés Umwelt – i, ii, iii et iv. Cette sobriété n’est pas un retrait : elle agit plutôt comme une invitation à traverser sans pancarte, sans boussole, sans commentaire touristique.

Le premier mouvement, long de plus de douze minutes, ouvre un espace trouble, presque amniotique. Les sons semblent moins joués que sécrétés. On entre dans UMWeLT comme dans une pièce où quelqu’un vient de partir, laissant l’air déplacé derrière lui.

Le deuxième mouvement introduit des matières plus concrètes : ambiances de chambre, résonances de cour, bruissements périphériques. Ces fragments issus de banques sonores libres ne servent pas d’illustrations. Ils deviennent des fossiles actifs, des particules de réel réinjectées dans une fiction.

Le troisième mouvement laisse affleurer murmures et présence humaine. Une conversation, un fredonnement féminin, des traces de sociabilité réduites à leur halo. Ce n’est pas le langage qui importe, mais ce qu’il laisse quand le sens s’éloigne : une température, une fatigue, une proximité presque fantomatique.

Puis le quatrième mouvement, le plus ample, referme sans conclure. Il ne résout rien. Il élargit plutôt la chambre intérieure jusqu’à la rendre poreuse. Comme si le disque, après avoir observé ses propres fantômes, acceptait de les laisser circuler.

Tracklist

UMWeLT | Avril 2026

Une musique de chambre mentale, où chaque souffle semble provenir d’un souvenir noyé.

Entre électronique, acoustique et fantômes privés

Compositeur français de musique contemporaine, Igor Ballereau a longtemps écrit principalement pour la voix, adaptant correspondances et journaux intimes de Lewis Carroll, Franz Kafka ou Katherine Mansfield. Ce rapport à l’intime, au document, au murmure écrit, traverse encore profondément sa musique actuelle.

Après une longue période de silence, son retour en 2021 a ouvert une nouvelle zone : un territoire hybride où l’électronique et l’acoustique se frôlent, où l’obscurité ne contredit jamais l’enchantement. Après ijkl en 2022 puis le vaste Ptyx en 2024, déjà chroniqué au Solénopole comme une musique de film décontextualisée, UMWeLT resserre le geste. Moins panoramique peut-être, mais plus tactile. Plus proche de la peau.

Ballereau compose ici un cinéma sans image, ou plutôt un cinéma dont l’image serait intérieure, instable, privée. Les sons ne décorent pas : ils déplacent les murs. Ils fabriquent une pièce mentale qui change de forme pendant qu’on l’écoute.

Une ruine sonore encore chaude

Ce qui frappe dans UMWeLT, c’est cette manière de faire entendre non pas un événement, mais son après-coup. Quelque chose a eu lieu. Quelqu’un a vécu. Une scène s’est produite. Mais il ne reste que des ondes, des scories, des reflets tremblés. La musique devient alors une archéologie sensible : elle fouille moins dans les archives du monde que dans les couches molles de la perception.

Chez Igor Ballereau, le souvenir n’est jamais une carte postale. C’est une matière instable, une vapeur chargée d’électricité faible, une ruine encore chaude. UMWeLT avance ainsi entre veille et sommeil, entre laboratoire et chambre noire, entre le familier et l’inidentifiable.

Et c’est précisément là que l’album touche juste : dans cette zone où l’écoute ne consiste plus à reconnaître, mais à accepter d’être reconnu par ce qui nous échappe.

A propos de Igor Ballereau

Igor Ballereau est compositeur. Ses outils ressemblent à un petit cabinet de travail sonore : un porte-mine, une gomme, un piano droit, quelques synthétiseurs vintage. Il écrit ses partitions à la main, par goût du geste, de la lenteur, du frottement entre l’idée et le papier.

Lorsqu’il ne compose pas, il dit regarder « loin dans le vide » et guetter « l’éventualité de la musique ». Tout est là : une œuvre née du retrait, de l’attention et de la solitude. Longtemps attaché à la voix, aux correspondances et journaux intimes de Lewis Carroll, Kafka ou Katherine Mansfield, Ballereau poursuit aujourd’hui une exploration plus intérieure encore, entre électronique, acoustique, obscurité et enchantement. De Ptyx à UMWeLT, il compose des films mentaux peuplés de traces, de ruines sensibles et de fantômes discrets.

Le nom Pharmafabrik ne sort pas d’un manuel de marketing musical, mais d’une image ancienne : une affiche de Bayer Pharmaceuticals datant de 1899, que le label dit avoir voulu « mystifier ». Tout est déjà là : l’idée d’une fabrique, d’un remède douteux, d’une chimie de l’esprit. Pharmafabrik ne soigne pas le réel : il l’altère. Il produit des sorties de secours vers l’illusion, des capsules sonores à effet lent, des disques qui ressemblent moins à des produits culturels qu’à des substances perceptives. Dans ce contexte, UMWeLT d’Igor Ballereau trouve naturellement sa place : un album-laboratoire, où la mémoire devient matière active.

Pharmafabrik en quelques mots

Label slovène indépendant, Pharmafabrik cultive depuis plus de vingt ans une ligne rare : peu de sorties, mais une exigence forte, presque artisanale, loin de la logique d’abondance. Sa discographie privilégie les musiques expérimentales, électroniques, ambient et électroacoustiques, avec une attirance particulière pour les œuvres qui brouillent la frontière entre son, rituel, illusion et cinéma intérieur.

Plutôt qu’un simple catalogue, Pharmafabrik ressemble à une chambre d’écho pour musiques instables : des disques chargés d’électricité statique, de visions obliques, de fréquences nocturnes. Un label-boutique, discret mais singulier, qui préfère la densité à la quantité — et les mondes parallèles aux vitrines trop bien éclairées.

Crédits
Composé, enregistré et masterisé par Igor Ballereau entre mars et novembre 2024.
Artwork : Igor Ballereau, © 2025.
Remerciements spéciaux : Simon Šerc.

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