Pochette du premier album "Dééfait" par le groupe Dééfait

DÉÉFAIT

Dééfait 

experimental
Label

Ici d'Ailleurs

Origine

Paris , France

Année de sortie

2026

Pochette du premier album "Dééfait" par le groupe Dééfait

DÉÉFAIT

Dééfait 

experimental
Label

Ici d'Ailleurs

Pays

Paris , France

Année de sortie

2026

DÉÉFAIT | Dééfait 

Un corps flotte dans un bleu presque noir. On ne sait pas s’il tombe, s’il lévite ou s’il vient simplement de quitter la gravité. La pochette du premier album de Dééfait pourrait servir de mode d’emploi : ici, les repères lâchent avant les muscles. Après un EP qui avait déjà transformé le noise rock en cérémonie électrique, le quintet revient avec sept pièces plus soudées, plus profondes, comme si le chaos avait fini par trouver sa propre architecture. Dééfait, premier album éponyme du groupe, paraît le 2 octobre 2026 chez Ici d’Ailleurs.

Dééfait : la chute comme méthode, la transe comme territoire

DF : deux lettres pour commencer à se perdre

Dééfait est né d’un hasard qui semble avoir pris son temps pour organiser les rencontres. Au commencement, il y a Ric Lara, déplacé de quelque 9 000 kilomètres par rapport à Mexico, la ville où il a grandi. Le sigle DF, pour Distrito Federal, fournira au groupe l’une de ses matrices symboliques ; il renvoie aussi au territoire des Détectives sauvages de Roberto Bolaño, roman qui avait nourri l’écriture de leur premier EP. 

Puis viennent les sessions Stay Hungry, imaginées à l’automne 2021 : des musiciens invités à manipuler instruments insolites et matières expérimentales avant de prolonger l’expérience par la conversation. C’est dans ce laboratoire domestique que Ric rencontre Pays P, le groupe des frères Valero. Bientôt, cinq trajectoires s’aimantent : Ric Lara au chant, Lucas Valero et Grégoire Couvert aux guitares, Enir Da à la basse et Pablo Valero à la batterie. 

Dééfait ne construit pas un mur du son : il construit une pièce, ferme la porte et modifie lentement la pression atmosphérique.

Du rite artisanal à la chambre de pression

Le premier EP, enregistré à la maison, cultivait une certaine hétérogénéité : six pièces, trente-cinq minutes et une musique qui semblait découvrir ses propres pouvoirs en les exerçant. Le nouvel album change d’échelle sans abandonner cette sauvagerie.

Cette fois, Peter Deimel enregistre au Black Box Studio d’Angers, tandis qu’Andy Blundell, de Gnod, prend en charge le mixage. Ce choix n’a rien d’un simple signe extérieur de puissance : il permet surtout à Dééfait de mieux organiser le chaos.

Les guitares ne forment plus seulement un mur : elles deviennent couloirs, angles morts, miroirs déformants. La basse agit comme une gravité artificielle. La batterie maintient l’expérience sous pression. Quant à Ric Lara, il passe de l’anglais au français puis à l’espagnol en traitant moins les langues comme des véhicules de sens que comme des matériaux rythmiques. 

Ce que l’on entend pourrait être du noise rock, du psychédélisme, du kraut, du doom ou quelque chose qui aurait grandi entre ces territoires après leur évacuation.

Le premier EP sort lentement de sa gaine comme une pièce à conviction arrachée à une nuit trop électrique, encore chargée de sueur, de larsen et de mouvements mal identifiés. Avant l’album, Dééfait avait déjà commencé à graver le vertige dans le noir des sillons, laissant derrière lui la trace physique d’un rock en transe, aussi charnel qu’insaisissable.

Des musiciens invités à jouer sur des instruments inhabituels. Des discussions enregistrées. Une rencontre imprévue. Un groupe qui se sépare. Puis se reforme. Une ville mexicaine devenue sigle. Un roman comme souterrain.

Dééfait n’a donc peut-être jamais vraiment été « fondé ».

Il s’est agrégé.

Sept pièces, aucune issue de secours

“Will More Y Su Winston 100’s” ouvre l’album dans une fièvre immédiatement reconnaissable : basse de fondation, harmonies de guitares emmêlées et cette voix aiguë, plaintive, presque irréelle, à laquelle on a parfois accolé l’étiquette amusée d’« heliumcore ». Puis “I Promise To Divide You” augmente la tension, paradoxalement porté par une énergie presque lumineuse.

Avec “Endlessly Beautifying The Experience of Drama”, près de neuf minutes, le disque cesse véritablement de fonctionner comme une succession de chansons : il devient climat. La voix se diffracte, les guitares fabriquent du brouillard et le temps paraît perdre quelques-unes de ses articulations.

“Satan’s Brew” ramène une brutalité très années 90 : guitares abrasives, cris, répétitions et sensation d’être happé par une centrifugeuse dont quelqu’un aurait jeté le bouton d’arrêt.

Puis survient le formidablement nommé “Folâtre, Fissure, Crie!”. Les ostinatos se répondent, se divisent puis fusionnent ; Lucas Valero et Grégoire Couvert étirent leurs guitares au-dessus de la mécanique Pablo Valero–Enir Da. 

“2440” ralentit ensuite le pouls. Le doom entre dans la pièce sans frapper, laissant davantage d’espace à une voix capable de devenir simultanément fragile et menaçante.

Enfin “DF” referme la boucle. Après avoir traversé l’album comme une zone accidentée, retrouver ces deux lettres procure presque une impression de retour au port. Presque.

La tracklist complète confirme cette construction en sept étapes, de “Will More Y Su Winston 100’s” à “DF”. 

Tracklist

Dééfait | 2 octobre 2026

Le sens après le son

Chez Dééfait, comprendre n’est jamais une condition préalable.

La langue trébuche, s’étire, se désarticule ; le timbre prend parfois le pouvoir sur le vocabulaire. Là réside sans doute l’une des réussites du disque : transformer le chant en espace physique. Ric Lara ne survole pas la masse instrumentale, il s’y débat.

Et le groupe possède désormais suffisamment de maîtrise pour ne plus avoir besoin de prouver sa violence. Il peut ralentir, répéter, suspendre, laisser une fréquence s’installer et attendre qu’elle fasse son œuvre.

Verdict du Solénopole : Dé-faire plutôt que détruire

On pourrait entendre dans le nom Dééfait l’idée d’une défaite. Leur musique propose presque l’inverse : dé-faire, enlever les attaches, dérégler les catégories, démonter le rock pour voir ce qu’il continue à produire une fois ses coutures ouvertes.

Leur premier EP était un appel à entrer dans le cercle. Ce premier album nous y enferme avec eux.

Et étrangement, on n’a pas très envie qu’ils retrouvent la clé.

Dééfait ne construit pas des morceaux : il organise des pertes d’équilibre.

A propos de Dééfait

Né de rencontres presque accidentelles et d’un goût commun pour les formes qui refusent de tenir en place, Dééfait réunit Ric Lara, Lucas Valero, Grégoire Couvert, Enir Da et Pablo Valero. Le quintet avance depuis les marges parisiennes avec une musique poreuse aux classifications : quelque part entre noise rock, psychédélisme, tension kraut et pesanteur doom, sans jamais s’installer durablement dans l’une de ces cases.

Au centre, il y a cette manière très particulière de faire circuler la tension : une basse qui ancre, une batterie qui maintient l’ossature, deux guitares qui brouillent les perspectives et la voix de Ric Lara, mobile, polyglotte, capable de passer de la fragilité à l’excès en quelques secondes. Dééfait ne cherche pas tant à fusionner ses influences qu’à les mettre en friction. Le groupe construit ainsi une musique physique mais précise, où l’instabilité devient une méthode et où chaque morceau semble trouver son équilibre au bord du débordement.

Vous aimerez aussi
Pochette de l'album "Chroniques" par les artistes Julien Auroux et Boris Guffer
JULIEN AUROUX & BORIS GUFFER

JULIEN AUROUX & BORIS GUFFER | Chroniques

Avec Chroniques, Julien Auroux et Boris Guffer façonnent une new wave crépusculaire, poétique et charnelle,
Pochette de l'album "La Source" par l'artiste David Norland
DAVID NORLAND

DAVID NORLAND | La Source

Avec La Source, David Norland fait dialoguer voix, cloches, souffle, pierre et électronique dans une
Pochette de la bande originale de "The Fix" par Federico Bisozzi et Tomat
FEDERICO BISOZZI & TOMAT

FEDERICO BISOZZI & TOMAT | The Fix 

Entre froideur mécanique, tension physique et paysages brûlés, Federico Bisozzi et Davide Tomat signent avec