Pochette de l'album "Chroniques" par les artistes Julien Auroux et Boris Guffer

JULIEN AUROUX & BORIS GUFFER

Chroniques

Avant gardeexperimental
Label

Soond

Origine

Rennes, France

Année de sortie

2026

Pochette de l'album "Chroniques" par les artistes Julien Auroux et Boris Guffer

JULIEN AUROUX & BORIS GUFFER

Chroniques

Avant gardeexperimental
Label

Soond

Pays

Rennes, France

Année de sortie

2026

JULIEN AUROUX & BORIS GUFFER | Chroniques

Chroniques ressemble à un carnet retrouvé dans une rame de métro après minuit : des phrases griffonnées, des visages à demi effacés, une lumière orange qui hésite entre l’incendie et l’aube. Fruit de la rencontre entre l’écrivain Julien Auroux et Boris Guffer, cofondateur de Complot Bronswick, l’album fait dialoguer spoken word, cold wave, électro-rock et poésie intime. Un disque en clair-obscur où l’amour, la perte et le désir ne se racontent pas : ils circulent.

Une correspondance devenue matière sonore

Il faut parfois vingt ans pour rassembler quelques minutes de vérité. Julien Auroux porte derrière lui deux décennies d’écriture lorsqu’il confie ses textes à Boris Guffer. Au départ, pas de studio partagé : des mails entre Toulouse et Paris, des mots envoyés à quelqu’un que l’on ne connaît pas encore vraiment.

Cette distance devient la première chambre d’écho de Chroniques. Boris reçoit les textes comme des lettres, en cherche la respiration, les angles morts, les pulsations. Il compose, arrange, mixe ; Julien pose sa voix. La musique n’illustre pas les mots : elle les déplace, leur ouvre un second fond.

Les deux hommes ne se rencontreront physiquement qu’une seule fois, lors du dernier concert de Complot. Tout ou presque avait donc déjà eu lieu ailleurs, dans cet espace étrange où une pièce jointe peut devenir une poignée de main.

Des mots envoyés comme des lettres et revenus sous forme de paysages.

Un ruban de Möbius new wave et crépusculaire

Chroniques avance comme un ruban de Möbius : impossible de dire exactement où finit l’endroit et où commence l’envers. Les synthétiseurs dessinent des architectures nocturnes, les rythmiques battent avec une raideur parfois martiale, mais la voix y introduit sans cesse une fissure humaine.

On pense à la froideur noble de la new wave, à des Young Gods ralentis jusqu’au vertige, au brouillard toxique de Tricky, parfois à l’électro-rock cérébral de Chasseur. Pourtant, une singularité s’installe : cette musique froide brûle lentement. Elle tient moins du post-punk que d’un blues synthétique, débarrassé de ses codes mais pas de sa blessure.

Le disque entrouvre aussi ses rideaux. Des motifs presque pop apparaissent, des mélodies s’accrochent, un mouvement plus lumineux traverse la pénombre. L’avant-garde agit ici en sous-sol.

Tracklist

Chroniques | 17 septembre 2026

Dix fragments, entre absence et éclaircie

La liste communiquée présente neuf titres, mais le visuel du disque révèle une dixième pièce, « Éphémère », placée entre « Héroïque » et « Mine ». Un détail presque idéal pour un album qui aime troubler les surfaces.

« L’air de rien » ouvre l’espace sur une question d’amour et d’impact. « Sans tutélaire » travaille l’émancipation, la sortie des dépendances. « Perte » constitue l’un des sommets : une rythmique droite s’enfonce dans une brume électronique tandis que le texte tourne autour de l’absence, de la rupture, peut-être du deuil. Quelque chose s’effondre, mais une lumière persiste sous les gravats.

« Une volonté » remet le désir en mouvement ; « Sans toi » scrute l’après, lorsqu’il faut réapprendre à marcher dans un monde où l’autre n’est plus là. « Un regard » concentre une dramaturgie entière dans l’instant bref où deux présences se croisent. « Héroïque » évite le grand geste : l’héroïsme y paraît intérieur, fait de résistance silencieuse.

Puis vient « Éphémère », pièce fantôme dans la tracklist de Bandcamp mais bien présente sur le CD et dans son livret : elle condense ce désir de retenir ce qui passe tout en sachant qu’on ne retient rien. « Mine » joue avec la possession et la liberté, avant que « Une visite » ne referme le disque en moins de deux minutes. Une ritournelle apaisée et inquiétante, comme une porte qui se ferme sans bruit dans une maison encore éclairée.

Un disque nocturne qui laisse pourtant entrer de la lumière.

Auroux et Guffer ne se sont rencontrés physiquement qu’une seule fois, lors du dernier concert de Complot. Avant cela, leur relation était essentiellement épistolaire. Les chansons avaient commencé à exister avant que les deux hommes ne partagent réellement le même espace. Une manière presque parfaite de résumer Chroniques : la musique fait le trajet avant les corps.

Une pochette comme un avertissement

L’objet prolonge exactement cette ambiguïté. Orange brûlé, noir granuleux, jaune acide, deux visages partiellement barrés d’un rectangle magenta : l’image semble imprimée depuis une mémoire défectueuse. On voit, mais quelque chose nous empêche de regarder complètement.

À l’intérieur, les textes courent en longues colonnes sur un fond presque minéral, comme les archives déclassifiées d’une vie affective. Le graphisme ne décrit pas la musique : il en reproduit le mécanisme, effacement, persistance, anonymat, trace.

Le verdict du Solénopole

Chroniques n’a rien d’un disque démonstratif. Il avance avec une forme de retenue, presque de discrétion, mais cette économie de moyens finit justement par devenir sa plus grande force. Julien Auroux et Boris Guffer construisent un univers où chaque mot semble pesé, chaque silence utile, chaque pulsation placée au bon endroit. Rien ne déborde, rien ne cherche à impressionner artificiellement.

Ce qui séduit surtout, c’est la manière dont l’album transforme l’intime en territoire sonore. Les textes ne se contentent pas de raconter : ils ouvrent des brèches, installent des zones de doute, laissent au lecteur comme à l’auditeur la liberté de compléter les paysages. La musique de Boris Guffer, elle, évite le simple rôle d’accompagnement. Elle agit comme une seconde voix, parfois rassurante, parfois inquiétante, toujours en mouvement.

Au fil des morceaux, Chroniques trouve ainsi sa propre temporalité : lente mais jamais immobile, sombre sans complaisance, sensible sans emphase. On y entre presque par curiosité, on y reste pour cette étrange impression d’entendre quelque chose de familier sans jamais pouvoir vraiment le nommer.

Un album sobre, singulier, habité, qui préfère l’empreinte au spectaculaire et gagne encore en profondeur à mesure qu’on y revient.

― SOOND, l’aventure sonore — Bruxelles, Belgique · Le label revendique une ligne claire : faire de sa discographie le reflet de l’expérimentation musicale sous toutes ses formes et partir à la recherche de nouveaux horizons sonores. Une démarche ouverte, curieuse, affranchie des frontières de genre, qui accueille naturellement les projets où l’exploration compte autant que la forme finale.

Avec Chroniques, SOOND poursuit ainsi cette cartographie des marges fertiles : celles où la chanson, l’électronique, la poésie et les musiques de traverse peuvent se rencontrer sans avoir à choisir leur camp.

A propos de Julien Auroux et Boris Guffer

Julien Auroux — Les mots comme matière vive

Écrivain, auteur et voix de Chroniques, Julien Auroux cultive depuis près de vingt ans une écriture où l’intime se frotte aux failles du monde. Ses textes avancent par sensations, ellipses et fragments, entre désir, absence, perte, mémoire et persistance des sentiments.

Son univers laisse affleurer des références comme Serge Gainsbourg ou Alain Bashung, mais aussi Marguerite Duras et Philippe Sollers pour cette manière de faire de la langue un espace de tension, de sensualité et de déplacement. Chez lui, le mot ne cherche pas forcément à expliquer : il suggère, trouble, ouvre des passages.

Avec Chroniques, cette longue pratique de l’écriture trouve une nouvelle incarnation. La voix devient présence, presque texture, tandis que les textes quittent la page pour se mesurer à l’espace sonore. Une poésie incarnée, retenue, qui préfère souvent le clair-obscur à la pleine lumière.

Boris Guffer — Architecte des zones intermédiaires

Boris Guffer, cofondateur de Complot Bronswick, signe ici les compositions, arrangements et le mixage. Son travail repose moins sur l’accumulation que sur la création d’atmosphères : pulsations électroniques, rythmiques contenues, nappes troubles et tensions discrètes construisent autour des mots un environnement mouvant.

Sa rencontre avec Julien Auroux s’est d’abord faite à distance, par correspondance. Il reçoit les textes avant même de réellement connaître leur auteur, les écoute, les laisse agir, puis cherche pour chacun une respiration, une couleur et un mouvement propres. Cette lente maturation devient l’une des clés de Chroniques.

Boris Guffer ne se contente ainsi jamais d’illustrer les paroles : il leur bâtit un second paysage. Un territoire où new wave, électronique, post-punk, pop oblique et zones plus expérimentales peuvent cohabiter sans perdre leur cohérence. Sa musique maintient constamment cet équilibre précieux entre abstraction et émotion, froid apparent et chaleur souterraine.

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