Pochette de l'album "On Patrol" par l'artiste Odd Nosdam

ODD NOSDAM

On Patrol

ambientdubelectroexperimental
Label

Alien Transistor

Origine

Berkeley, Californie

Année de sortie

2026

Pochette de l'album "On Patrol" par l'artiste Odd Nosdam

ODD NOSDAM

On Patrol

ambientdubelectroexperimental
Label

Alien Transistor

Pays

Berkeley, Californie

Année de sortie

2026

ODD NOSDAM | On Patrol

Berkeley, Californie. Un producteur veille pendant que les époques dorment. Sur On Patrol, Odd Nosdam recueille les bruits de leurs rêves, les fait passer dans des machines fatiguées et compose onze cartes postales d’un territoire introuvable. Un disque de hip-hop spectral, de dub en apesanteur et d’ambient fissuré, où chaque disparition semble annoncer une découverte.

Odd Nosdam : patrouille nocturne aux frontières du réel

La ronde des anomalies

Un jardin d’Éden après l’accident

Deux griffons de pierre tirent des rayons rouges sur un cavalier. Un cheval traverse le décor, tandis qu’une voiture familiale et un scooter électrique s’invitent dans un paysage qui paraît échappé d’un cauchemar médiéval. La pochette peinte par Ian Ferguson, alias Hydeon, procède comme la musique : elle fait cohabiter des réalités qui n’auraient jamais dû se rencontrer.

Il faut regarder longtemps pour comprendre que rien ne s’y accorde et que tout y tient. Cette étrange logique est celle de David Madson, alias Odd Nosdam : un art de l’anachronisme affectif, où le grotesque côtoie la grâce et où le passé ne revient jamais sous sa forme d’origine.

Archéologie des disques oubliés

Des poussières qui ont appris à respirer

Ancien membre de cLOUDDEAD, explorateur des marges du hip-hop américain et remixeur de Boards of Canada comme de Black Moth Super Rainbow, Madson s’emploie depuis plus de vingt-cinq ans à déplacer les frontières de l’écoute. Il ne collectionne pas les sons pour les exposer sous verre : il les déracine afin qu’ils poussent ailleurs.

L’essentiel d’On Patrol provient de matériaux trouvés, souvent prélevés sur des vinyles obscurs ou d’occasion. Ici, la boucle n’est pas une prison rythmique : c’est un passage secret. Les craquements ne constituent pas un vernis « vintage » ; ils ressemblent à la météo intérieure des enregistrements, à cette petite pluie qui relie des voix sans âge.

Le disque prolonge Mirrors (2019), déjà paru chez Alien Transistor, le label associé à The Notwist. Leur dialogue remontait à un remix de « Sleep » en 2008. Plutôt qu’une suite, on entend une nouvelle exploration du même continent mouvant.

La nostalgie regarde derrière elle ; Odd Nosdam fait du passé une porte qui ne donne sur aucun lieu connu.

Tracklist

On Patrol | 23 octobre 2026

Onze haltes, aucune horloge

Du bitume aux constellations

Dès « G. Warning », le beat avance de travers, escorté de frottements électroniques : une procession de machines dont chacune posséderait son propre fuseau horaire. « El Hacklur », brève apparition de soul teintée de gospel, laisse entrer des projectiles dub dans la nef. Ces pièces courtes agissent comme des trous d’air entre deux paysages.

Sur « Get You In (Belong Mix) », une guitare voilée de shoegaze surplombe une pulsation funk. Des voix murmurent l’appartenance, les cercles fermés, le privilège d’être « des leurs ». Curieuse ironie : Nosdam fait de cette promesse d’admission la bande-son d’un artiste qui n’a jamais attendu qu’on lui ouvre la porte.

« Deepsimple » déplie un horizon de chaleur trouble. La basse de Mike Walti, du projet Organi, y dessine une route interminable sous un ciel saturé. Puis « Sgt. Pepsi » déjoue la trajectoire : un groove pesant sombre dans le crépitement du vinyle avant de reparaître, escorté de cordes et d’harmonies vocales. On croirait retrouver la fin d’un vieux mélodrame dans un cinéma désert.

Avec « Portispatrol », « Marlo », « August, 47 », « Skateloops (Machete Mix) » ou « Yononte Ave », les titres ressemblent eux-mêmes à des indications trouvées sur des cartes abîmées. Ils suggèrent des lieux, des dates, des missions, sans imposer de récit. L’auditeur devient le géographe d’un monde qui se modifie à chaque passage.

En 2022, Madson enregistre des ambiances dans la résidence estivale catalane de Salvador Dalí. Ces prises de terrain se glissent dans « Here to Know (Adéu Mix) », dérive de science-fiction aux contours flottants. Rien d’un hommage illustratif au peintre : le lieu s’est transformé en matière, comme si l’espace conservait la mémoire de ce qu’il a entendu.

Autre indice de cette alchimie : les fragments sonores circulent du disque dur à un magnétophone huit pistes à cassette, traversant un ancien Roland Space Echo. Derrière ce travail, l’ombre bienveillante de Lee « Scratch » Perry, maître des studios envisagés comme des organismes vivants. L’imprévu y devient une décision irréversible, le défaut une signature.

Sous les sillons du vinyle, un monde délicieusement détraqué prend vie : chevaux errants et mystérieux portails ouvrant sur l’impossible. Avec On Patrol, Odd Nosdam nous entraîne dans un labyrinthe d’images et de sons, où les époques se télescopent et où chaque détour semble conduire vers un rêve dont personne ne connaît la sortie.

Un vinyle contre le temps uniforme

L’art de s’éclipser au bon moment

Pensé jusque dans ses durées pour tenir sur un seul 33-tours, On Patrol revendique sa matérialité. Enregistré et mixé entre 2022 et 2026 à Berkeley, l’album préfère les formes éphémères aux développements interminables.

C’est son paradoxe le plus fécond : chaque boucle semble pouvoir durer des heures, mais Nosdam la dissout au moment précis où elle commence à nous habiter. À l’époque des musiques qui cherchent à retenir l’attention, il choisit de laisser des traces.

LE REGARD DU SOLÉNOPOLE

Une patrouille sans uniforme ni territoire à défendre : onze fragments d’une beauté désaxée, pour celles et ceux qui préfèrent explorer les marges plutôt que baliser le centre.

On Patrol ne cherche ni à réconcilier les genres ni à restaurer un passé idéalisé. Il propose une autre manière d’habiter le temps : accepter que les choses disparaissent, reviennent déformées et finissent par nous sembler étrangement familières.

Et peut-être, au bout du sillon, cette conviction : les plus beaux territoires musicaux ne figurent sur aucune carte.

― Alien Transistor — Réf. N 105 LP · Production : David Madson · Illustrations : Ian Ferguson – Formats : vinyle et numérique

Odd Nosdam ne ressuscite pas les sons oubliés : il leur invente des souvenirs qu'ils n'ont jamais vécus.

A propos de Odd Nosdam

ODD NOSDAM : L’ARCHÉOLOGUE DES SONS FANTÔMES

Né en 1976 à Cincinnati (Ohio), David Madson, alias Odd Nosdam, est un producteur, DJ et artiste visuel américain installé à Berkeley, en Californie. Cofondateur du label indépendant Anticon, il s’impose au début des années 2000 au sein de cLOUDDEAD, trio pionnier du hip-hop expérimental, aux côtés de Doseone et Why?. Dès ses premières cassettes autoproduites en 1998, il cultive un art singulier du sampling et des textures analogiques. De Burner (2005) à Mirrors (2019), en passant par Sisters (2016), il explore les correspondances entre hip-hop instrumental, ambient, dub et shoegaze. Collaborateur de Mike Patton, múm et Boards of Canada, cet artisan de l’étrange transforme vinyles oubliés, boucles hypnotiques et magnétophones vieillissants en cartographies sonores où les souvenirs deviennent des territoires imaginaires.

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