Pochette de Eternal Life No End par Radwan Ghazi Moumneh et Frédéric D. Oberland

RADWAN GHAZI MOUMNEH & FRÉDÉRIC D. OBERLAND

Eternal Life No End

electroexperimentalworld
Label

Constellation

Origine

France Canada Liban

Année de sortie

2026

Pochette de Eternal Life No End par Radwan Ghazi Moumneh et Frédéric D. Oberland

RADWAN GHAZI MOUMNEH & FRÉDÉRIC D. OBERLAND

Eternal Life No End

electroexperimentalworld
Label

Constellation

Pays

France Canada Liban

Année de sortie

2026

RADWAN GHAZI MOUMNEH & FRÉDÉRIC D. OBERLAND | Eternal Life No End

Il y a des disques qui n’essaient pas de mettre de l’ordre dans le désastre : ils en recueillent les secousses, les cendres, les voix encore debout. Eternal Life No End est de ceux-là. Radwan Ghazi Moumneh et Frédéric D. Oberland y sculptent une musique de transe blessée, de deuil incandescent et de veille intérieure, où l’électronique, le souffle et les cordes frottent l’époque jusqu’à faire remonter ce qu’elle voudrait enfouir.

Une nuit chargée de mémoire et de fièvre

Ce premier album studio en duo n’a rien d’une simple rencontre de prestige entre deux figures déjà essentielles, Moumneh du côté de Jerusalem In My Heart, Oberland de celui d’Oiseaux-Tempête. Il ressemble davantage à une chambre d’écho partagée, construite à l’endroit précis où mémoire et invention, dévotion et abrasion, intimité et espace se touchent sans jamais se neutraliser. Le disque mêle électronique heurtée, bouzouk, rababa, clarineau, saxophone et chant arabe dans une œuvre explicitement forgée par l’indignation et la lamentation face à un présent politique que les artistes décrivent comme suprématiste et génocidaire.

Le titre arabe, plus littéralement traduit comme l’image d’une nuit sombre et maudite, donne au disque sa vraie température. Ici, la nuit n’est pas contemplative. Elle serre. Elle encercle. Elle travaille la conscience. Eternal Life No End devient alors moins un album qu’une traversée : une manière de tenir l’écoute ouverte au milieu des injustices qui submergent la région SWANA et hantent l’imaginaire de populations entières.

Tracklist

Eternal Life No End | 2026

Entre transe, abrasion et dévotion

Ce qui saisit d’emblée, c’est la densité physique de cette musique. Les percussions n’accompagnent pas : elles insistent. Les synthétiseurs n’habillent pas : ils épaississent l’air. Le bouzouk et la rababa de Moumneh, souvent passés dans des traitements électroniques, ne portent pas une couleur folklorique mais une plainte en mouvement, un courant de deuil qui ne cesse de muter. Face à eux, le saxophone alto et la clarineau d’Oberland percent la masse comme des appels de gorge, des exorcismes, parfois des injonctions contre le mal. Daf, bongos, basse vibrante, systèmes Buchla et Deckard’s Dream prolongent cet état de vortex émotionnel où la transe ne fait jamais oublier la fracture.

On pense parfois à une musique rituelle, mais à un rituel traversé de ruines électriques. Quelque chose prie, quelque chose cogne, quelque chose brûle. Le disque ne cherche ni l’équilibre ni la séduction : il préfère la tension tenue, la persistance, le vertige grave.

Deux trajectoires, un même feu sombre

Les sept morceaux ont évolué sur deux années, à partir d’une série de duos initiée par Moumneh à l’Hotel2Tango de Montréal à l’été 2023, avant qu’un travail plus profond ne s’engage à Paris en 2024. Cette durée se sent dans la matière même du disque : rien n’y relève du geste impulsif jeté à la hâte, tout semble passé par la décantation, par l’écoute mutuelle, par une nécessité lentement consolidée.

L’un des points les plus beaux du projet tient à l’inversion partielle des rôles. Moumneh, habituellement maître d’œuvre de son propre univers, accepte ici de se laisser davantage guider par Oberland, lequel veille notamment à faire respirer et rayonner la voix au cœur des compositions. Il y a du chant sur quatre des sept titres, et cela change tout : la voix n’y surplombe rien, elle traverse la matière comme une présence chargée d’histoire, de suffocation et d’endurance. Le duo ne juxtapose pas deux écritures ; il atteint une zone de fusion, un même feu sombre nourri par des résonances communes.

Premier album studio en duo de Radwan Ghazi Moumneh et Frédéric D. Oberland, Eternal Life No End prolonge une longue histoire de collaborations entre les univers de Jerusalem In My Heart et Oiseaux-Tempête. Il a été enregistré et mixé entre Tiohtià:ke / Montréal et Paris en 2024-2025, avec l’aide de Camille Jamain, puis masterisé par Jesse Osborne-Lanthier. Artwork et design : Farah Fayyad.

Des morceaux qui marchent dans la cendre

L’ouverture avec “Squeal of Swine” et “Dagger Eyes” agit comme une double morsure. Percussions manuelles, basses profondes, cordes réverbérées, puis cette voix arabe tendue, presque lacérée, qui semble remonter d’une mer malade. Le disque ne dramatise pas : il installe une pression, un état de suffocation lente. Plus loin, “A Dream That Never Arrived” déplace légèrement le centre de gravité avec un beat lo-fi teinté de dancehall, mais cette pulsation ne relâche rien : elle donne au contraire au morceau l’allure d’une danse fantôme, suspendue dans un décalage spatio-temporel troublant.

Et puis il y a “The Serpent”, morceau-nœud, morceau-signe. Un essai audiovisuel l’accompagne, tourné en Super 8 à Montréal, Paris et Beyrouth, avec notamment des images de manifestations pour Gaza à Paris et de l’événement Frequent Defect lors du 25e anniversaire du festival Irtijal à Beyrouth. Même la pochette de Farah Fayyad, avec ses serpents entrelacés à la manière d’un talisman inquiet, prolonge cette impression d’envoûtement et de menace circulaire. Rarement un visuel aura aussi justement prolongé la logique interne d’un disque.

Une musique qui veille au lieu de consoler

Eternal Life No End n’est pas un disque sur la catastrophe. C’est un disque composé depuis son bord, depuis l’endroit où créer redevient à la fois presque impossible et absolument vital. Il ne console pas. Il accompagne autrement. Il maintient l’oreille dans un état d’attention brûlante. Dans cette alliance de deuil, de rage contenue, d’amitié profonde et de transfiguration sonore, Moumneh et Oberland signent un album rare : une œuvre qui ne cherche pas la beauté comme refuge, mais comme intensité juste.

A propos de Radwan Ghazi Moumneh et Frédéric D. Oberland

Radwan Ghazi Moumneh et Frédéric D. Oberland prolongent ici une longue histoire de collaborations en donnant forme à un premier album studio en duo. Le premier, musicien et producteur libano-canadien, est notamment connu pour Jerusalem In My Heart ; le second, compositeur, musicien et artiste visuel français, déploie depuis des années un univers singulier avec Oiseaux-Tempête. Ensemble, ils façonnent une musique dense et habitée, à la croisée de l’électronique, du souffle acoustique, des cordes frottées et du chant arabe. Leur travail commun repose sur une écoute profonde, un goût du frottement des matières sonores et une capacité rare à faire dialoguer tension politique, mémoire intime et puissance sensorielle. Avec Eternal Life No End, ils signent une œuvre de résonance et de veille, née d’une complicité ancienne et d’une exigence partagée

Vous aimerez aussi
Pochette de l'album "La Ache des Chiens" par La Ciguë
LA CIGUË

LA CIGUË | La Ache des Chiens

Avec La Ache des Chiens, La Ciguë électrifie la tradition et la fait sortir du
Pochette de l'album "Le Défilé" par le groupe Rien Faire
RIEN FAIRE

RIEN FAIRE | Le Défilé

Avec Le Défilé, Rien Faire confirme qu’il existe encore des groupes capables de fabriquer des
Pochette de l'album "Echo Mist Light" par Wahn
WAHN

WAHN | Echo Mist Light

Sur Echo Mist Light, WAHN sculpte un clair-obscur électronique fait de basses patientes, de textures