Pochette de l'album "You Are Tree" par le groupe Tout Bleu

TOUT BLEU

You Are Tree

ambientsoundtracks
Label

Carton Records

Origine

Suisse

Année de sortie

2026

Pochette de l'album "You Are Tree" par le groupe Tout Bleu

TOUT BLEU

You Are Tree

ambientsoundtracks
Label

Carton Records

Pays

Suisse

Année de sortie

2026

TOUT BLEU | You Are Tree

Avec You Are Tree, son troisième album, TOUT BLEU affine une langue musicale rare : une pop d’éclats et de frottements, à la fois terrienne et flottante, lyrique et cabossée. Autour de Simone Aubert, le quatuor genevois assemble violoncelle, alto, électronique, voix mouvantes et battements décentrés pour faire surgir une forme de joie grave, presque insurgée. Un disque de transformation, d’embranchements, de secousses intérieures.

Le troisième album du groupe genevois transforme la mélancolie en poussée vitale, entre cordes hantées, pulsations obliques et poésie en friction

Dès sa pochette, You Are Tree impose une image ambiguë : un arbre qui semble aussi être un champignon géant, une forme impossible, minérale et organique à la fois, dressée dans un paysage de chaleur, de roche et d’azur. Tout le disque est là, dans cette silhouette instable. Chez TOUT BLEU, rien n’est fixé une bonne fois pour toutes. Les morceaux tiennent debout sur des appuis mouvants, comme si la matière sonore cherchait en permanence son propre équilibre.

Le quatuor genevois – Simone Aubert, POL, Luciano Turella et Beatriz Raimundo – creuse précisément cette zone de bascule : entre propulsion et suspension, entre tension intérieure et mouvement collectif, entre tristesse tenue et désir de relance. Fondé il y a près de dix ans autour de Simone Aubert, le projet confirme ici une identité immédiatement reconnaissable, faite d’angles, de fluidité, de frottements et d’élans contraires.

Une musique qui boite, donc qui vit

Ce qui frappe dans You Are Tree, c’est sa façon de ne jamais choisir entre la chair et l’architecture. Les beats peuvent se faire droits, presque mécaniques, mais les cordes viennent les fissurer. La guitare ne plaque pas le décor : elle le coud, le raye, le déplace. La voix, elle, ne surplombe rien ; elle circule. Elle apparaît comme une présence changeante, une lumière mobile dans un couloir sombre.

Les dix titres du disque, de “Kind To Herself” à “Loneliness”, en passant par “Technosapiens”, “Doors”, “Mooch” ou “Champidou”, ne racontent pas une histoire linéaire. Ils composent plutôt une cartographie de passages. On y entend une musique qui accepte de claudicuer pour mieux avancer, de se salir aux parois du réel pour mieux retrouver du souffle. Il y a là quelque chose de rare : une joie qui ne nie ni l’usure, ni le chaos, ni la fatigue du temps, mais qui choisit malgré tout de se tenir debout.

TOUT BLEU transforme la mélancolie en sève, et le trouble en mouvement.

Une partie de You Are Tree ne vient pas uniquement du studio : plusieurs morceaux trouvent leur origine dans des travaux composés en amont pour la danse et le cinéma. Comme si l’album avait poussé à partir de gestes, d’images et de mouvements déjà en circulation, avant de devenir ce drôle d’arbre sonore collectif.

“Ce Dit Univers”, ou la poésie sur plaque tectonique

Au cœur du disque, “Ce Dit Univers” agit comme une chambre d’écho particulièrement saisissante. Le morceau a quelque chose d’une plainte traversée de vent, d’un blues déplacé dans un relief synthétique, d’une incantation lancée d’un sommet à l’autre. Tout y semble vaciller : le langage, le monde, les certitudes. Et pourtant, au lieu de disperser, TOUT BLEU rassemble. Le morceau donne l’impression d’un sol qui tremble sous les pieds, mais qui, dans le même mouvement, nous rappelle que nous sommes encore capables de sentir ensemble.

C’est l’une des grandes forces de You Are Tree : faire de la dissonance une forme d’hospitalité. Là où d’autres installeraient le malaise pour lui-même, TOUT BLEU l’ouvre, le partage, le transforme en espace commun. Le groupe ne cherche pas les mers d’huile ; il préfère les détroits battus, les passages où la beauté n’arrive qu’avec ses échardes.

Tracklist

You Are Tree | 2026

Un disque-réseau, un disque-corps

Cette impression de monde en expansion tient aussi à la richesse de la fabrication. Autour du noyau formé par Simone Aubert, POL, Luciano Turella et Beatriz Raimundo, l’album accueille plusieurs invité·es — Maxime Tisserand, Naomi Mabanda, Fhunyue Gao, Nicholas Stücklin, Agathe Max — ainsi que des musicien·nes de l’Orchestre de Chambre de Genève, avec des arrangements de Ludovic Thirvaudey et une direction assurée par Marc Leroy-Calatayud. Une partie de la matière du disque provient aussi de travaux pensés pour la danse et le cinéma, ce qui explique peut-être cette sensation constante de mouvement, de décor qui glisse, de scène intérieure en train de se recomposer. “Loneliness”, lui, dialogue ouvertement avec Moondog.

Publié via L’Invitation au voyage / Modulor, et soutenu par plusieurs labels européens, You Are Tree confirme la singularité d’un groupe qui ne juxtapose pas ses idées : il les greffe. Il ne mélange pas pour faire moderne ; il assemble pour faire surgir une forme neuve, inquiète, poreuse, intensément habitée.

Avec You Are Tree, TOUT BLEU signe un disque des lisières, un disque de cave et de ciel, de colère gainée et d’espérance récalcitrante. Un disque qui ne promet pas l’apaisement, mais une traversée. Et parfois, c’est bien plus précieux.

A propos de Tout Bleu

TOUT BLEU est un groupe genevois fondé par Simone Aubert, figure bien connue des territoires sonores aventureux avec Hyperculte et Massicot. Aujourd’hui entourée de POL, Luciano Turella et Beatriz Raimundo, elle y déploie une musique singulière, à la fois organique et accidentée, où se croisent voix habitées, guitare en éclats, électronique, alto et violoncelle. Depuis bientôt dix ans, le quatuor construit un langage très personnel, fait de tensions poétiques, de pulsations obliques, de mélancolie active et d’élans collectifs, dans une forme d’art-pop expérimentale qui ne ressemble qu’à lui.

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