Avec Jah Wobble, The Bad Plus, Pascal Comelade, Richard Cheese…
À vos oreilles, prêts… détournez ! Cette semaine, Solénoïde transforme le patrimoine musical mondial en terrain de jeu et ouvre pour la dixième fois sa Cover Box : dix reprises soigneusement choisies pour leur capacité à déplacer, tordre, travestir ou métamorphoser des morceaux que l’on croyait pourtant connaître par cœur. Le principe ? Un blind-test transmusical sans buzzer ni arbitre, où le plaisir consiste moins à reconnaître l’original qu’à découvrir jusqu’où il peut être emmené.
La partie commence dans les vapeurs du rock psychédélique montréalais avec Elephant Stone et une L.A. Woman des Doors étirée jusqu’aux brumes cosmiques. Elle bifurque ensuite vers Erik Satie, dont la troisième Gnossienne passe entre les mains de Vanessa Võ, entre instruments traditionnels vietnamiens et langage contemporain. Three-Mountain Pass (Innova, 2013) revendique précisément cette rencontre entre musiques vietnamiennes, expérimentation et nouvelles écritures. Quelques kilomètres plus loin, Jah Wobble met sa basse et son goût du dub au service d’Ennio Morricone, avant que The Bad Plus ne transforme le tube planétaire de Tears For Fears, Everybody Wants to Rule the World, en exercice de jazz oblique. Sur Prog, paru en 2007, le trio américain faisait justement de ces collisions entre jazz, pop et rock l’une de ses spécialités.
La Cover Box bascule ensuite franchement du côté du laboratoire : The Moog Cookbook expédie Born to Be Wild dans une capsule de synthétiseurs analogiques, puis Pascal Comelade transforme Like a Rolling Stone en délicieuse sub-version de salon. Bob Dylan avait probablement connu des hôtels plus confortables. Et puisque l’irrévérence n’aime guère voyager seule, Richard Cheese installe les Sex Pistols dans un improbable lounge de Las Vegas avec Anarchy in the U.K., tandis que l’accordéoniste anglais Martin White réduit l’armée de Björk à une minute vingt-huit de cabaret compressé. La compilation Army of Me – Remixes and Covers, publiée en 2005, rassemblait les détournements sélectionnés à partir de centaines de propositions reçues autour du morceau de Björk.
Pour reprendre un peu d’altitude, Jordan Rudess installe ensuite Scarborough Fair devant son piano avant que le flûtiste japonais Minoru Muraoka ne ferme la boîte avec son célèbre Take Five au shakuhachi. Enregistré sur Bamboo en 1970, ce croisement entre jazz occidental et sonorités japonaises constitue une conclusion presque trop élégante pour une émission ayant passé près de quarante minutes à maltraiter les classiques avec autant d’affection.
Dix morceaux, dix changements de perspective, et autant de preuves qu’une bonne reprise ne consiste pas nécessairement à respecter l’original : parfois, il faut commencer par lui déplacer les meubles. Bienvenue dans Cover Box 10 !










