Avec Arun Sood & Angeline Morrison, Sunken Cages, Bill Laswell & P.ST
À chaque rentrée, quelques disques semblent arriver par des chemins détournés. Ils ne font pas forcément beaucoup de bruit, se tiennent parfois à bonne distance des grands radars et préfèrent déplacer les frontières plutôt que rejoindre sagement une catégorie. Cette Mission 248 rassemble quatre de ces objets sonores : quatre albums où traditions anciennes, électronique, matière acoustique et imaginaire cinématographique s’inventent de nouveaux territoires.
Notre fil rouge prend sa source chez David Norland. Avec La Source, publié par Denovali, le compositeur britannique superpose voix chorales, pianos feutrés, cloches, flûte et traitements électroniques dans une architecture minimaliste aussi lumineuse que mélancolique. Né d’une partition conçue pour un film muet en noir et blanc, l’album semble avancer entre mémoire et apparition. Ancien choriste soprano nourri aussi bien par l’écriture pour l’image que par la culture rave, Norland y fait dialoguer le presque sacré et la transe. Six extraits jalonnent l’émission : La Source devient ainsi notre radiobalisage de la semaine.
Plus au nord, Arun Sood & Angeline Morrison plongent dans la mémoire orale des Hébrides avec Donn/Dubh, paru chez Real World X. Les chants gaéliques y croisent piano, cordes, cuivres, drones, boucles et électronique spectrale : non pas une restauration du folklore, mais sa remise en circulation dans un présent mouvant et aventureux.
Changement de pulsation avec Sunken Cages, projet du percussionniste et producteur Ravish Momin. Sur Neram Pularumbol (As The Dawn Breaks), édité par Mahorka, des rythmes hérités du sud de l’Inde se frottent à la bass music, au dub et aux cultures électroniques expérimentales. Les percussions acoustiques deviennent matière électrique ; le rituel se transforme en architecture club, physique autant qu’onirique.
Enfin, Bill Laswell & P.ST nous invitent à gravir un sommet qui n’existe sur aucune carte. Publié par Sub Rosa, Mount Analogue s’inspire du roman initiatique inachevé de René Daumal et déploie une longue dérive entre ambient jazz, improvisation, psychédélisme et contemplation. Autour de la basse abyssale de Laswell gravitent notamment Nils Petter Molvær, Graham Haynes, Peter Apfelbaum, Dorian Cheah et Henry Kaiser.
Quatre disques, donc. Quatre façons de faire circuler le passé dans le présent et d’ouvrir, derrière le son, quelques portes vers l’invisible.







