Le temps se tord, les sons se chevauchent, les échos du passé flirtent avec des visions d’un avenir incertain. A Reassuring Elsewhere, Chapter 3, dernier volet de la trilogie rétro-futuriste de Philippe Petit, clôt une odyssée sonore audacieuse où l’expérimentation musicale atteint un équilibre fascinant entre chaos et harmonie. À travers onze compositions singulières, l’artiste français sculpte des paysages sonores d’une richesse inouïe, oscillant entre abstraction électronique et réminiscences classiques, entre textures brutes et envolées lyriques.
Si la musique de Philippe Petit a toujours été un laboratoire d’exploration acoustique, ce dernier chapitre pousse l’expérience encore plus loin. Le piano préparé, instrument fétiche de l’artiste, devient un terrain de jeu infini où pinces à linge, morceaux de plastique et autres objets détournés transforment l’instrument en une créature sonore vivante. Cette matière brute est ensuite enrichie par une constellation d’instruments électroniques : le vénérable Buchla 200, compagnon des chapitres précédents, est ici rejoint par le Serge 73/75 et un Psalterion électrique, apportant des textures éthérées et mouvantes, comme si l’auditeur flottait entre deux dimensions.
L’ouverture de l’album plante immédiatement le décor : des frappes de piano résonnent comme des gongs mystérieux, rapidement enveloppées par des nappes électroniques aux volutes hypnotiques. Plus loin, une rencontre improbable s’opère entre des cithares orientales et des envolées synthétiques aux accents stockhauseniens, générant un dialogue entre tradition et avant-garde. Dans cette architecture mouvante, chaque pièce explore une facette différente de cet univers sonore en perpétuelle mutation.
Loin de se contenter d’un simple exercice de style, Philippe Petit donne à entendre une œuvre immersive et instinctive, où l’auditeur devient voyageur. À l’image d’un kaléidoscope auditif, l’album nous entraîne dans des espaces où les sons semblent s’animer d’une vie propre. Un bol tibétain s’invite dans une farandole électronique, évoquant un carnaval interstellaire digne d’un Saint-Saëns projeté sur Mars. Plus loin, le spectre d’anciennes communications ressurgit sous forme de téléphones hantés, tandis qu’un daxophone insuffle à l’ensemble une étrangeté organique et troublante. Chaque piste est une porte vers un ailleurs insaisissable : des vibrations métalliques évoquent les vestiges d’un monde oublié, tandis que des percussions déconstruites et des cordes aux fréquences indéfinissables plongent l’auditeur dans une rêverie mouvante, où les repères s’effacent. La conclusion de l’album est un feu d’artifice aquatique, un enchevêtrement de cordes et de fréquences en suspension, avant que tout ne retombe dans un silence flottant.
Dans ce disque, Philippe ne cherche pas à imposer une vision figée, mais bien à inviter à l’abandon, à une dérive sonore où chaque détail prend une signification propre à celui qui l’écoute. Comme il le résume lui-même : ‘Je veux sculpter des masses sonores qui se transforment sous nos oreilles, entre tension et relâchement, jusqu’à ce que tout devienne une seule et même affirmation. ‘ Ce dernier opus, en parfaite continuité avec les deux premiers volets de la trilogie, parachève un travail minutieux sur la fusion entre l’acoustique et l’électronique, entre le jeu et l’errance, entre la certitude et l’inconnu. Un voyage à écouter sans a priori, prêt à se laisser porter par l’inattendu et la beauté du déséquilibre.
Prochainement en programmation dans Solénoïde – Grande Boucle 57, émission des musiques imaginogènes diffusée sur 30 radios/50 antennes FM-DAB !
Alchimiste du son et artisan de l’électroacoustique, Philippe Petit sculpte la matière sonore avec une approche viscérale et expérimentale. Entre synthétiseurs analogiques (Buchla, Serge, EMS), acoustique préparée (piano, psaltérion électrique, cymbalum) et objets détournés (verres, pierres, vinyles), il compose des paysages sonores où le geste et l’impulsion priment sur la répétition.
Explorateur infatigable, il fusionne musique électronique et contemporaine, collaborant avec des figures comme Lydia Lunch, Murcof, Faust ou encore Hyperion Ensemble. Son travail, diffusé dans des lieux prestigieux (MoMA, MACBA, Ars Electronica), transcende les formats et s’épanouit autant dans des festivals internationaux que dans des galeries d’art.
Également DJ, journaliste et fondateur des labels cultes Pandemonium Rdz et BiP_HOp, Philippe Petit célèbre 40 ans d’activisme musical, défiant les genres et guidant ses auditeurs dans un voyage où l’illusion sonore devient une expérience sensorielle inédite.