Avec Dove Molotov, Kangding Ray, Lucrecia Dalt, Floating Points…
Il existe des cartes faites de routes, de frontières et de distances. Et puis il existe celles qui ne se révèlent qu’à l’écoute.
Pour ce nouveau SolénoMix, TAROUG, projet du batteur, compositeur et producteur germano-tunisien Tarek Zarroug, nous confie une carte blanche exclusive de 47 minutes : une géographie personnelle où Tunis dialogue avec Berlin, où les percussions anciennes rencontrent les machines contemporaines et où le désert devient moins un décor qu’un véritable instrument acoustique.
Cette traversée prolonge naturellement Chott, son remarquable album paru en 2026 chez Denovali. Inspiré notamment par le Chott El Djerid et les souvenirs de son enfance tunisienne, le disque transforme la mémoire en matière sonore : voix familiales, field recordings, basses profondes, poussières électroniques et éléments naturels métamorphosés par le traitement numérique.
Mais ce SolénoMix ouvre encore davantage le paysage.
Chez TAROUG, les influences ne se rangent pas dans une bibliothèque : elles circulent. Dove Molotov fait surgir la scène électronique tunisienne hors des frontières entre club et non-club ; Mohammad Reza Mortazavi pousse le tombak et le daf jusqu’à des territoires où la percussion semble produire sa propre électronique ; Valentina Magaletti, puis Polygonia et Simon Popp, interrogent à leur tour la frontière entre geste acoustique, improvisation et traitement sonore.
La Tunisie réapparaît ensuite avec Sailing Stones Tapes, trace d’une résidence collective menée dans la région du Kef à partir de jams, d’expérimentations et d’enregistrements de terrain. Puis le paysage se minéralise avec Kangding Ray et la bande originale de Sirāt : une techno granuleuse qui quitte progressivement la rave pour s’enfoncer dans quelque chose de plus contemplatif, spirituel et presque tellurique.
Au centre de cette dérive, TAROUG place deux morceaux de Chott : « Najet » et « Saraab ». Deux balises, ou deux mirages. Car saraab désigne précisément le mirage : une image engendrée par la chaleur, lorsque l’air lui-même commence à déformer le réel. Toute la musique de TAROUG semble contenue dans cette idée. Les matières se déplacent, les origines se brouillent, l’acoustique devient électronique et la machine finit par retrouver quelque chose d’organique.
La seconde moitié prolonge le mouvement avec la percussionniste tunisienne Houeida Hedfi, puis change progressivement de perspective. CVX, alias Rupert Clervaux, transforme son carnet de notes sonore en collage politique et poétique ; Lucrecia Dalt resserre l’espace autour d’une électronique intime, artisanale et imprévisible ; enfin Floating Points laisse apparaître avec « Requiem for CS70 and Strings » une dernière zone de suspension entre synthétiseurs, cordes et mélancolie électronique.
Douze étapes, mais aucune frontière véritable. Ce SolénoMix ne raconte finalement pas seulement ce qu’écoute TAROUG. Il révèle comment il écoute.
Le rythme y devient une manière d’habiter l’espace. Le field recording, une mémoire. Le désert, une chambre d’écho. Et la sélection entière compose la bande-son imaginaire d’un territoire situé quelque part entre Tunis, Düsseldorf, Berlin, Munich, Paris, Londres… et quelques coordonnées que les cartes ordinaires ont manifestement oublié d’enregistrer. Le désert n’est jamais silencieux. Il suffit parfois de changer de fréquence pour l’entendre.










