Pochette de l'album "Appear Disappear" par le groupe The Young Gods

THE YOUNG GODS

Appear Disappear 

electrosoundtracks
Label

Two Gentlemen

Origine

Fribourg, Suisse

Année de sortie

2025

Pochette de l'album "Appear Disappear" par le groupe The Young Gods

THE YOUNG GODS

Appear Disappear 

electrosoundtracks
Label

Two Gentlemen

Pays

Fribourg, Suisse

Année de sortie

2025

THE YOUNG GODS | Appear Disappear 

Chez The Young Gods, apparaître et disparaître n’a jamais été un simple effet de scène. C’est une méthode de survie, une stratégie d’attaque, une façon de traverser les époques sans se laisser vitrifier par sa propre légende. Avec Appear Disappear, le trio suisse revient au contact : guitares affûtées, électroniques nerveuses, rythmiques en acier vivant, poésie irradiée. Un disque qui parle de guerre, de drones, de deuil, d’amour, de résistance et qui a trouvé, lors d’un concert incandescent au 106 à Rouen, sa preuve par le feu.

Quarante ans après l’impact initial, les Helvètes rallument la machine : plus brute, plus politique, plus humaine que jamais.

Des éclats dans la vitre du présent

La pochette donne déjà le programme : une surface blanche fissurée, comme un ciel de verre après l’impact. Rien de spectaculaire au sens hollywoodien, plutôt une cartographie de la fracture. Les Young Gods n’illustrent pas l’époque : ils en révèlent les lignes de casse.

Depuis 1985, le groupe avance ainsi, par secousses, disparitions, retours obliques. Il y eut la révolution initiale : un rock sans guitare apparente, reconstruit à partir de samples, de batteries, de voix et de collisions. Puis L’Eau Rouge, TV Sky, les détours ambient, Kurt Weill, les nuages artificiels, les collaborations, jusqu’à cette relecture de In C de Terry Riley qui aurait pu annoncer un apaisement durable. Erreur de diagnostic : les Gods avaient simplement changé de laboratoire.

Avec Appear Disappear, les guitares ressortent, mais pas comme un accessoire nostalgique. Elles reviennent comme des outils de découpe, des câbles sous tension, des barbelés mélodiques. Le disque n’essaie pas de rejouer la jeunesse : il prouve qu’une colère peut vieillir sans devenir décorative.

Les Young Gods ne reviennent pas : ils réapparaissent à l’endroit exact où le présent se fissure.

Après avoir traversé les spirales hypnotiques de Terry Riley avec Play Terry Riley In C, The Young Gods auraient pu rester dans les hauteurs du minimalisme, bien au chaud dans leur laboratoire d’expérimentation. Mais chez eux, la boucle n’est jamais un refuge : c’est un tremplin.

Franz Treichler l’a confié : après cette parenthèse, le groupe voulait revenir à quelque chose de plus brut. Résultat : les guitares ressortent, les rythmes se durcissent, les machines grondent à nouveau. Appear Disappear naît de ce choc entre la transe savante et l’impact frontal.

Le concert au 106 de Rouen l’a confirmé : les Young Gods ne reviennent pas pour polir leur légende, mais pour la fissurer encore. Ils disparaissent dans l’expérimentation, puis réapparaissent là où ça coupe le plus net.

Un album de guérilla amoureuse

Dès le morceau-titre, la formule est claire : frapper vite, laisser une trace, disparaître avant que la fumée ne retombe. Appear Disappear alterne poussée heavy et techno spatiale, comme si une usine abandonnée décollait soudain vers l’orbite. Systemized, plus tribal, avance dans une nuit mécanisée, avec cette wah-wah cosmique qui donne au morceau des airs de procession industrielle sous acide.

Mais l’album n’est pas seulement un bloc de métal politique. Blue Me Away relâche une énergie presque exutoire, un rock industriel robuste qui transforme l’amour en carburant de fuite. Hey Amour, sommet trouble et sensuel, installe une présence fantôme dans des rues “vides à craquer”. Ici, l’amour n’est pas consolation : c’est une force clandestine, une contrebande affective dans un monde saturé de contrôle.

Blackwater impose ensuite une gravité particulière. Ode à la résistance, sombre et liquide, le morceau semble avancer comme une eau noire qui n’efface rien mais emporte tout. Plus loin, Mes yeux de tous et Shine that Drone fixent les violences contemporaines sans détourner le regard : ce qui tombe du ciel, ce qui surveille, ce qui tue à distance, ce qui transforme la technologie en cauchemar organisé.

Et pourtant, The Young Gods ne signent pas un disque de résignation. Au contraire : Appear Disappear cherche des passages. Des brèches. Des zones franches. “Je passe où ça casse”, pourrait servir de devise à cette œuvre entière.

Tracklist

Appear Disappear | 13 juin 2025

Quarante ans de carrière, et toujours cette même obsession : briser la formule avant qu’elle ne devienne prison.

Rouen, Le 106 : apparition grandeur nature

Vu au 106 à Rouen, le disque prend une dimension presque physique. Dans la lumière bleue, les morceaux ne se contentent plus de sortir des enceintes : ils semblent se lever du sol, comme une architecture mobile faite de basses, de battements, de voix et d’éclats.

Ce concert a rappelé une évidence : The Young Gods ne sont pas un monument à visiter, mais une centrale encore active. Pas de patrimoine industriel sous cloche, pas de musée du sample héroïque. Sur scène, le trio travaille la matière sonore comme on travaille un métal brûlant : coups francs, torsions, éclairs, silences tendus. Le public ne regarde pas seulement un groupe jouer ; il traverse une zone de turbulences.

A propos de The Young Gods

Formé en Suisse en 1985 autour de Franz Treichler, The Young Gods a profondément redéfini le rapport entre rock, sampling, électronique et intensité physique. Leur influence dépasse largement la scène industrielle : David Bowie, Nine Inch Nails et bien d’autres ont reconnu la puissance visionnaire de leur démarche. Quarante ans plus tard, leur force tient à cette règle jamais abandonnée : ne jamais habiter trop longtemps la même formule.

Verdict du Solénopole

Avec Appear Disappear, The Young Gods livrent bien plus qu’un retour en force : un disque utile, au sens le plus noble du terme. Une œuvre qui soigne en cognant, qui inquiète en éclairant, qui danse sur les ruines sans confondre lucidité et capitulation. Les jeunes dieux ne sont plus jeunes, certes. Mais rarement leur nom aura sonné aussi juste.

En 1996, après Only Heaven, The Young Gods ouvrent une dérive ambient avec Heaven Deconstruction. Le choc frontal s’efface au profit de matières suspendues, de nappes spectrales et de poussières électroniques. Un disque-laboratoire où l’énergie industrielle devient climat intérieur.

Avec Music for Artificial Clouds en 2004, le groupe pousse plus loin l’échappée instrumentale. Plus de chant, plus de batterie sauvage : seulement des textures, des bruissements recomposés, une nature électronique en apesanteur. Une parenthèse déroutante, mais précieuse : les Young Gods hors cadre, jusque dans le silence.

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