Pochette de l'album "Samin Dong Rak" par E'Joung-ju, Simon Mary et Anne-Laure Bourget

E'JOUNG-JU, SIMON MARY, ANNE-LAURE BOURGET

Samin Dong Rak

world
Label

Label Ouest

Origine

Corée / France

Année de sortie

2026

Pochette de l'album "Samin Dong Rak" par E'Joung-ju, Simon Mary et Anne-Laure Bourget

E'JOUNG-JU, SIMON MARY, ANNE-LAURE BOURGET

Samin Dong Rak

world
Label

Label Ouest

Pays

Corée / France

Année de sortie

2026

E’JOUNG-JU, SIMON MARY, ANNE-LAURE BOURGET | Samin Dong Rak

Avec Samin Dong Rak, E’Joung-Ju, Simon Mary et Anne-Laure Bourget inventent une chambre d’échos à trois voix, où les cordes anciennes ne regardent pas le passé comme une vitrine, mais comme une braise encore chaude. Le titre emprunte à un idiome coréen signifiant « la joie partagée entre trois personnes ». Une joie, ici, qui n’a rien d’euphorique ou de décoratif : elle est profonde, boisée, traversée de mélancolie, tendue comme les cordes du geomungo, lestée par la contrebasse, éclairée par des peaux, des métaux, des frappes fines et des silences.

E’Joung-Ju, Simon Mary & Anne-Laure Bourget inventent une chambre d’écho entre Corée, jazz profond et percussions nomades

Une rencontre, pas un assemblage

Dans bien des projets dits “transculturels”, les instruments se croisent poliment, chacun restant dans sa zone d’origine. Ici, c’est l’inverse : Samin Dong Rak ne juxtapose pas trois cartes postales musicales, il fabrique un même territoire respiratoire. Le geomungo d’E’Joung-Ju — longue cithare coréenne aux graves telluriques — dialogue avec la contrebasse de Simon Mary comme deux grands animaux de bois se reconnaissant au bord d’une forêt. L’un vient des anciens royaumes de Corée, l’autre porte en lui les mémoires du jazz, de la musique indienne, de la chanson, des scènes nomades et des contrechants occidentaux. Entre eux, Anne-Laure Bourget ne “colore” pas simplement l’espace : elle l’oriente. Ses percussions y déposent des grains de sable, des éclats de peau, des pulsations discrètes venues d’Inde, de Turquie, du Maroc, mais aussi d’une pratique attentive du geste juste.

Le résultat n’est ni fusion spectaculaire, ni folklore repeint au vernis contemporain. C’est une musique de seuils. On y entre comme dans une maison où plusieurs langues seraient parlées sans jamais avoir besoin d’être traduites.

Une chambre d’échos à trois voix où les cordes anciennes deviennent des pistes d’avenir.

Le geomungo comme colonne vertébrale

E’Joung-Ju connaît le geomungo de l’intérieur. Détentrice reconnue de cet instrument classé au patrimoine culturel immatériel coréen, fondatrice du Festival du Printemps Coréen à Nantes, passeuse majeure entre la Corée et l’Europe, elle ne traite jamais la tradition comme un musée miniature. Dans son parcours, le geomungo est à la fois racine, énigme et laboratoire. Il porte les siècles, mais refuse l’immobilité.

Dans Samin Dong Rak, cette tension devient palpable. Les cordes graves semblent parfois sortir de terre, avec leur sonorité mate, presque minérale ; ailleurs, elles avancent comme une écriture calligraphique, faite de suspensions, de frottements, d’angles doux. Le disque n’oppose pas ancien et moderne : il les laisse respirer dans le même souffle, jusqu’à ce que la frontière devienne inutile.

Le titre Samin Dong Rak vient d’un ancien idiome coréen signifiant « la joie partagée entre trois personnes ». Une belle définition pour ce trio où personne ne prend le dessus : le geomungo, la contrebasse et les percussions avancent comme trois voyageurs accordant leurs pas sur un même souffle.

Simon Mary, l’architecte des profondeurs

Aux arrangements, Simon Mary apporte une science du relief. Contrebassiste tout-terrain, fondateur de Mukta, explorateur du world jazz avant que le terme ne devienne une étiquette de rayon, il sait comment faire tenir ensemble le mouvement et l’espace. Sa contrebasse ne cherche pas à dominer le geomungo ; elle lui répond, l’élargit, parfois le prolonge comme une ombre fraternelle.

On entend chez lui cette capacité rare à construire sans enfermer. Les pièces gardent une circulation organique : une mélodie s’ouvre, un rythme se décale, une ligne grave creuse soudain une galerie sous le morceau. Qui voyage sans cesse porte bien son titre : on y avance sans passeport, à travers des géographies intérieures. Tu me manques laisse affleurer une tendresse retenue. Le choix du cœur semble chercher un point d’équilibre entre mémoire, décision et abandon.

Anne-Laure Bourget, la main qui déplace la lumière

Anne-Laure Bourget inscrit dans le trio une présence essentielle : celle du toucher. Formée aux tablas de manière traditionnelle, passée par l’Inde, la Turquie, le Maroc, complice de projets où les héritages se croisent sans se diluer, elle fait des percussions un art de la nuance. Ici, pas de démonstration pyrotechnique : plutôt des frémissements, des appels, des petits séismes latéraux.

Dans Baram, dans Chulgang, dans Forêt étrange, les peaux et les frappes ouvrent des fenêtres obliques. Elles donnent au disque son climat d’itinérance lente, comme si chaque morceau marchait sur un sol différent : terre battue, plancher de scène, chemin nocturne, temple imaginaire, rive inconnue.

Tracklist

SAMIN DONG RAK | 8 MAI 2026

Le geomungo, la contrebasse et les percussions y respirent comme trois continents réunis par le même vent.

Une joie partagée, traversée de brume

Les dix pièces de l’album composent un voyage sans ligne droite. Nouveau jour apporte une clarté fragile, Ton sourire déplie une émotion simple sans jamais basculer dans l’illustratif, Avec moi rapproche les corps et les timbres. Puis vient Échos d’Arirang, inspiré d’un chant traditionnel coréen, qui agit comme un retour vers une source. Non pas un retour en arrière, mais une manière de comprendre que certaines mélodies sont des fleuves : elles changent de lit, de couleur, de vitesse, mais continuent de transporter des voix anciennes.

Avec Samin Dong Rak, E’Joung-Ju, Simon Mary et Anne-Laure Bourget signent un disque profondément humain : un album de cordes graves, de peaux fines et d’horizons poreux, où la joie n’est pas une explosion mais une circulation. Trois musiciens, trois histoires, un même souffle. Et au bout du chemin, cette impression précieuse : la musique peut encore inventer des lieux où les différences ne se négocient pas, mais s’accordent.

A propos de E’Joung-Ju, Simon Mary et Anne-Laure Bourget

E’Joung-Ju est une figure majeure du geomungo, instrument traditionnel coréen à cordes pincées dont elle explore les résonances anciennes et contemporaines. Installée à Nantes, fondatrice du Festival du Printemps Coréen, elle développe depuis plusieurs années un travail de passerelle entre héritage coréen, création actuelle et rencontres européennes.

Simon Mary, contrebassiste, compositeur et arrangeur, navigue depuis longtemps entre jazz, musiques du monde, chanson et cinéma. Fondateur du groupe MUKTA, pionnier d’un jazz ouvert aux musiques indiennes, il apporte ici une profondeur souple, terrienne, capable de dialoguer avec le geomungo sans jamais l’enfermer.

Anne-Laure Bourget est percussionniste et chercheuse en ethnomusicologie. Nourrie par des apprentissages en Inde, en Turquie et au Maroc, elle cultive une approche fine du rythme, attentive aux timbres, aux silences et aux circulations. Ses percussions donnent au trio ses éclats mobiles, ses souffles et ses reliefs nomades.

Sous les doigts d’E’Joung-Ju, le geomungo révèle sa matière profonde : bois ancien, cordes graves, silence tendu. Instrument de mémoire et de vibration, il semble ici ouvrir un passage entre la Corée ancestrale et une écoute résolument contemporaine.

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