Avec Helen Money, Airelle Besson, Anne Dudley, Sinikka Langeland…
Chaque semaine, Solénoïde se veut un point de ralliement pour les aventuriers du son, un espace où se croisent pratiques obliques, esthétiques mouvantes et sensibilités musicales sans passeport obligatoire.
Pour cette deuxième Carav’elle, notre boussole s’oriente vers un territoire immense, multiple et encore trop discret dans nos propres traversées : la création musicale au féminin. Mais qu’on ne s’y trompe pas : ici, le féminin n’est ni un genre musical, ni une esthétique, encore moins une case. Il constitue simplement le fil tendu entre dix musiciennes dont les trajectoires, les langages et les géographies n’ont parfois presque rien en commun. Compositrices, instrumentistes, chanteuses, improvisatrices ou chercheuses de timbres : toutes ont en partage une certaine manière de prendre les chemins de traverse.
Notre embarquement s’effectue en Australie avec Genevieve Lacey, dont la flûte à bec dialogue avec l’électronique aux frontières de la musique contemporaine, de l’ambient et de l’électroacoustique. Cap ensuite sur Chicago, où le violoncelle de Helen Money transforme les cordes en matière tellurique, avant que la trompette de Airelle Besson ne nous entraîne vers un jazz plus aérien et atmosphérique. La route traverse ensuite le cinéma avec Anne Dudley, compositrice britannique et figure d’Art of Noise, puis bifurque brutalement vers Osaka avec Kiki Hitomi, qui télescope dub, électronique et pop déviante avec une réjouissante absence de discipline.
Et la Carav’elle n’en a pas terminé avec les détours. À Londres, Vivien Goldman brouille depuis longtemps les cartes entre reggae, punk et électronique. En Bretagne, Annie Ebrel fait dialoguer chant traditionnel et langage jazz. Plus loin, Gigi ouvre d’autres perspectives vocales avant que la Norvégienne Sinikka Langeland ne convoque forêt, poésie nordique, jazz et mémoires ancestrales. Enfin, quelque part au-dessus de Brooklyn, les boucles vocales de Julianna Barwick dissolvent peu à peu les derniers repères dans une brume ambient presque immatérielle.
De la musique contemporaine au dub, du jazz aux traditions réinventées, du violoncelle électrique aux architectures de voix, Carav’elle 02 ne cherche donc pas à définir une création musicale « au féminin » : elle préfère en éprouver l’infinie diversité.
Dix artistes. Dix trajectoires. Et cinquante-cinq minutes pour naviguer au milieu de femmes qui ne demandent surtout pas qu’on leur trace la route.










