Pochette de l'album "Romantic, Visceral (Save Our Souls)" par l'artiste Christophe Bailleau O’Farrell

CHRISTOPHE BAILLEAU O’FARRELL

Romantic, Visceral (Save Our Souls)

ambientelectroexperimental
Label

Mahorka

Origine

Belgique

Année de sortie

2026

Pochette de l'album "Romantic, Visceral (Save Our Souls)" par l'artiste Christophe Bailleau O’Farrell

CHRISTOPHE BAILLEAU O’FARRELL

Romantic, Visceral (Save Our Souls)

ambientelectroexperimental
Label

Mahorka

Pays

Belgique

Année de sortie

2026

CHRISTOPHE BAILLEAU O’FARRELL | Romantic, Visceral (Save Our Souls)

À peine remis de la météorite gothique Mind Is That Sky My Goth, Christophe Bailleau O’Farrell en révèle le frère jumeau lumineux, mais nullement docile. Romantic, Visceral ne remplace pas la fracture par un sourire : il cherche, au milieu des décombres, la forme exacte d’une beauté encore possible. Entre électronique panoramique, pulsations obliques, éclats néoclassiques et collages surréalistes, l’album transforme le deuil en mouvement et le romantisme en organe vital.

Le romantisme après la panne du monde

« Mon ami, mon mentor est mort. L’univers s’est scindé en deux, me laissant au milieu. » Le point de départ n’a rien d’un décor. Chez Bailleau O’Farrell, la perte ouvre une zone de dérèglement où il faut réapprendre à rêver, à partir, à espérer, à continuer. Son romantisme ne porte ni redingote ni rose séchée : il avance dans un monde surchauffé, saturé d’images et de machines, avec cette injonction presque impossible — PLEASE RESET THE WORLD.

L’artiste le définit comme une quête de beauté, de mystère et de vérité, une façon de s’apaiser jamais tout à fait trouvée, mais dont on tente de se rapprocher. Voilà pourquoi ce disque est viscéral : il ne contemple pas la beauté à distance, il la cherche avec les nerfs, les muscles, les souvenirs. « C’est du fumier que naît la rose » pourrait en être la formule chimique.

Onze pièces, onze chambres communicantes

“Malek (cuisson rapide)” ouvre les fenêtres d’un seul geste. Guitare, volutes synthétiques, inflexions orientales et impulsions presque dansantes composent une entrée “synthadélique”, vive et mobile. Rien n’est fixé : les motifs se déplient comme des étoffes sous un ventilateur chaud.

“FUSION”, morceau-charnière et sommet immédiat, installe un downtempo mystérieux. La musique paraît à la fois familière et légèrement déplacée, comme une fête entendue depuis une pièce voisine. “Écoute profonde” ralentit ensuite le regard ; “Silent dungeon” laisse les claviers de Jordane Prestrot éclairer une crypte intérieure sans céder à la noirceur décorative.

Avec “Rebel, iel (funk mix)”, l’album se déhanche, bifurque et refuse la solennité. Puis vient l’étonnant diptyque “Discreet agony, devoid of all elegance” / “Elegance” : d’abord la douleur nue, délibérément privée de grâce, nourrie par les sons et la “folie” de A Limb ainsi que le charango de Kozik ; ensuite une élégance reconstruite, non comme masque mondain, mais comme manière de tenir debout.

“Kenavo” agit comme une porte battante. “Torso”, enrichi par les claviers de Jordane Prestrot, ne conserve du corps qu’une forme centrale, un noyau de présence. Enfin, Julien Ash apporte saxophone, violon et synthétiseurs à “Phiphi, c’est toi, tu es là ?” et “I miss you (again)”. Ces deux dernières pièces font entrer l’absence dans le champ sonore : non comme silence vide, mais comme interlocuteur invisible. Le disque se termine sans refermer la plaie ; il lui donne une mélodie.

Le romantisme n’est pas ici un refuge : c’est une technique de survie.

Tracklist

Romantic, Visceral | Juillet 2026

Une pochette qui pleure en couleurs vives

Le visuel conçu par Christophe Bailleau dans son style “bummy” prolonge exactement cette tension. Fond orange incendiaire, cheveux magenta, bijoux de photographie officielle, visage remplacé par un ovale blanc et une larme noire : l’identité semble effacée, mais l’émotion demeure, irréductible. À l’intérieur, des lapins aux oreilles dorées surgissent comme les mascottes d’un conte dérangé, tandis qu’un triangle de néon flotte sur l’aplat rouge.

Ce graphisme ne décore pas l’album : il en donne la méthode. Découper, superposer, rendre l’élégant étrange et le mélodramatique presque pop. La musique procède pareillement, emboîtant des mondes qui ne devraient pas cohabiter, ambient cinématographique, avant-garde abstraite, pulsations groovy, acoustique détournée, psychédélisme de chambre, jusqu’à produire une cohérence nouvelle.

Paru peu après Mind Is That Sky My Goth, présenté comme son “jumeau maléfique”, Romantic, Visceral en serait moins l’antidote que l’autre système nerveux. Le premier transformait la maladie et l’angoisse en acousmatique cabossée ; celui-ci recueille ce qui a résisté et le remet en circulation. Ombre et couleur, fracture et élan : deux disques distincts, mais reliés comme les deux faces d’un même corps en reconstruction.

Christophe Bailleau O’Farrell ne referme pas la blessure ; il lui apprend à produire de la lumière.

A propos de Christophe Bailleau O’Farrell

Né en France et installé en Belgique depuis plus de trente ans, Christophe Bailleau O’Farrell est compositeur, programmeur, pianiste, guitariste, flûtiste, vidéaste et chercheur sonore. Son travail traverse théâtre, danse, installations et performances accompagnées de films non narratifs.

Familier du catalogue Mahorka, il cultive une musique caméléon où rituels acoustiques, ambient cinématographique, avant-garde abstraite, pulsations électroniques et sonorités du monde peuvent partager la même pièce.

Sous l’orange incandescent, le lapin doré semble veiller sur un monde fragmenté, peuplé d’ombres, de doubles et de souvenirs qui refusent de disparaître. Avec Romantic, Visceral, Christophe Bailleau O’Farrell transforme le deuil en matière sonore, la faille en passage et l’élégance en véritable instinct de survie.

Un album pour les oreilles attirées par l’électronique panoramique, le néoclassique oblique, les collages surréalistes et les beautés qui poussent dans les décombres.

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