Pochette de l'album "Mile 237" par l'artiste Hodd

HODD

Mile 237

ambientsoundtracks
Label

Discreet Records

Origine

France

Année de sortie

2026

Pochette de l'album "Mile 237" par l'artiste Hodd

HODD

Mile 237

ambientsoundtracks
Label

Discreet Records

Pays

France

Année de sortie

2026

HODD | Mile 237

Une station-service condamnée sous un ciel sans fond. Une chambre 209. Un ticket plié deux fois. Des flaques entre les lignes blanches d’un parking. Des fleurs que quelqu’un a oubliées. Avec Mile 237, HODD ne raconte presque rien ; et c’est précisément ainsi qu’il fait surgir tout un monde. Paru le 4 août 2026 sur le jeune label français Discreet Records, cet album d’ambient froide et de pulsations fantomatiques ressemble à une collection de souvenirs dont les événements auraient disparu, ne laissant derrière eux que les lieux, les objets et leur étrange persistance.

Mile 237 : cartographie d’un monde qui vient de disparaître

Il y a dans Mile 237 quelque chose de la photographie retrouvée au fond d’une boîte : on ignore qui l’a prise, ce qui s’est passé avant, ce qui surviendra ensuite, mais un détail suffit à remettre l’imagination en circulation.

HODD assemble ici dix compositions construites autour de boîtes à rythmes, synthétiseurs et lignes de basse. L’essentiel du matériau était demeuré intact pendant des années avant d’être repris et organisé pour cette publication. Pas de dates d’enregistrement. Pas de longues notes de production. Pas davantage de biographie venant expliquer la personne derrière le son. HODD écrit, interprète et produit ; puis s’efface.

Cette économie d’informations n’est pas un manque : elle devient l’une des matières premières du disque.

Window facing north ouvre une fenêtre sans paysage défini. Rain on the railing dépose quelques gouttes sur une rambarde. No one looked back installe immédiatement une absence. Plus loin apparaissent Room 209, Puddles between white lines ou Wind across the parking lot.

Les titres fonctionnent comme des coordonnées émotionnelles. Rien n’y est spectaculaire. Tout semble pourtant avoir eu lieu.

Mile 237 ne met pas le souvenir en musique : il enregistre ce qu’il reste lorsque le souvenir lui-même commence à s’effacer.

Tracklist

Mile 237 | 4 août 2026

Des musiques pour les secondes d’après

HODD travaille cet espace étrange où un événement a déjà quitté la pièce mais où son empreinte demeure encore perceptible.

L’ambient de Mile 237 n’est donc pas véritablement contemplative. Sa rencontre avec une coldwave discrète, les pulsations des boîtes à rythmes et la présence des basses empêchent le paysage de se figer. Sous les nappes demeure un mouvement obstiné, une mécanique qui continue de tourner.

On pense à des enseignes éteintes, à des motels anonymes, à la lumière orange d’une voie rapide traversant une banlieue endormie. Pourtant, HODD ne compose pas une bande-son cinématographique au sens classique : il semble enregistrer les endroits après le départ du cinéma.

Mile 237 : la mémoire comme point kilométrique

Même le titre possède son petit territoire d’incertitude. L’ album avait d’abord été annoncé sous le nom Mile 173 (le 25 juillet) avant de paraître finalement comme Mile 237. Aucun récit officiel ne vient expliquer ces soixante-quatre miles supplémentaires.

Et c’est presque mieux ainsi.

Ce déplacement mystérieux correspond admirablement à une musique hantée par les intervalles, les ellipses et les destinations manquées. Entre 173 et 237, on peut imaginer une portion entière de route : celle dont l’album aurait choisi de ne conserver que les traces.

Mile 237 ne documente pas un voyage : il inventorie ce que le voyage a laissé derrière lui.

Une station-service éclairée pour personne

La pochette donne un visage saisissant à cette sensation.

La photographie de Matt / Inland Aperture, intitulée Boarded up gas station, montre une station-service abandonnée près de la Highway 62, à l’entrée de Morongo Valley en direction de Yucca Valley, Californie. Elle fut photographiée le 13 juin 2026, peu après 22 heures.

Sous l’immense masse noire du ciel, l’auvent reste étrangement illuminé. Les accès sont condamnés par de grands panneaux de bois. Aucun véhicule ne viendra probablement faire le plein.

C’est peut-être le plus beau paradoxe de cette couverture : cet endroit existe réellement, mais son recadrage et son association avec la musique lui retirent presque toute réalité documentaire.

Les pompes ont disparu, les ouvertures sont condamnées par du bois, pourtant quelques lumières demeurent sous l’auvent. Le lieu semble attendre quelque chose qui ne reviendra plus.

Exactement comme ces morceaux.

Sous son boîtier translucide, Mile 237 semble avoir capturé un morceau de nuit, quelques néons perdus et la mémoire magnétique d’une route sans destination. Une cassette comme une balise abandonnée au bord du monde, prête à rembobiner les fantômes.

Margins et Fragments : sortir du cadre

Car la cassette n’est pas seulement la matérialisation analogique des dix morceaux disponibles en numérique. Elle constitue une version augmentée de l’œuvre, avec deux suites exclusives : Margins et Fragments.

Après les cinq morceaux de la face A apparaît Margins, qui rassemble cinq nouvelles étapes : A different light, Quiet diner, From the overpass, Last payphone et Holding pattern. Certains passages intègrent du field recording, faisant pénétrer dans l’électronique des fragments de monde réel.

Restaurant silencieux. Pont routier. Dernier téléphone public. Lumière différente.

Ces intitulés prolongent naturellement l’univers de l’album : ils ne décrivent toujours pas des protagonistes mais les endroits qu’ils viennent peut-être de quitter.

La face B reprend avec Room 209, puis les cinq dernières compositions de l’album avant Fragments, ultime territoire réservé à la cassette.

Margins et Fragments : les marges et les fragments. Deux mots qui pourraient servir de manifeste à toute l’esthétique de HODD.

Verdict du Solénopole

Avec ses dix paysages électroniques et les prolongements secrets de son édition cassette, Mile 237 transforme l’insignifiant en matière sensible. Une flaque, un reçu, une rambarde ou quelques fleurs oubliées suffisent à faire apparaître tout un monde.

Et lorsque Someone forgot the flowers s’éloigne à son tour, une sensation demeure : celle d’avoir traversé pendant trente-cinq minutes des lieux que nous n’avions jamais visités mais dont, inexplicablement, nous semblons nous souvenir.

Discreet Records : les archives ont des fantômes

Cela rejoint précisément l’identité de Discreet Records, jeune structure française qui se présente sous une formule particulièrement juste : « Archives éphémères, textures délavées, ruines sonores. »

Le label envisage ses publications comme des points de rencontre entre mémoires, voix, récits et temporalités qui ne coïncident plus tout à fait. Mile 237 semble avoir été conçu pour cette maison-là : un disque ancien sans vraiment avoir d’âge, retrouvé sans être restauré, publié sans être entièrement expliqué.

Deux faces, des marges, des fragments : Mile 237 déroule sa mémoire magnétique comme une route nocturne dont certaines sorties n’existent sur aucune carte. Dans la transparence de la cassette, HODD laisse tourner les fantômes, les parkings vides et les lumières résiduelles.

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