Pochette de l'album "Slowly Melting" par l'artiste Janel Leppin

JANEL LEPPIN

Slowly Melting

ambientjazzsoundtracks
Label

Cuneiform Records

Origine

Washington, USA

Année de sortie

2026

Pochette de l'album "Slowly Melting" par l'artiste Janel Leppin

JANEL LEPPIN

Slowly Melting

ambientjazzsoundtracks
Label

Cuneiform Records

Pays

Washington, USA

Année de sortie

2026

JANEL LEPPIN | Slowly Melting

Avec Slowly Melting, Janel Leppin signe un disque solo qui ne cherche ni la démonstration ni la révérence envers l’instrument classique. Il préfère la déviation, la texture, la faille lumineuse. La compositrice et violoncelliste de Washington D.C. y fait fondre les frontières entre écriture, improvisation et grain électrique, transformant son violoncelle en bloc d’émotion saturée. Un album dense, physique, troublant, où la beauté n’arrive jamais intacte : elle vibre, se tord, s’embrase.

Un violoncelle sous tension, entre braise analogique, mélodies blessées et vertige électrique

Il y a, dès les premières minutes de Slowly Melting, quelque chose de saisissant : Janel Leppin ne joue pas du violoncelle comme on en préserve la noblesse, mais comme on en réveille la part souterraine. Elle le pousse dans une zone plus trouble, plus charnelle, plus instable. La fuzz ne vient pas maquiller l’instrument : elle en révèle des cavités secrètes, des traînes de lumière, des frottements presque tectoniques.

Le résultat n’a rien d’un exercice de style. Au contraire, tout ici semble guidé par une nécessité intérieure. Les morceaux avancent comme des masses d’air chaud sur une ville nocturne : Zonk, Dizzy, Germanium ou Mk1 portent dans leurs titres mêmes les signes d’une culture de la pédale, du circuit, de la distorsion artisanale. Mais derrière cette passion pour les machines, ce qui frappe surtout, c’est la qualité du chant mélodique. Leppin n’oublie jamais la ligne, la tension, la phrase qui reste.

Et c’est sans doute là que Slowly Melting impressionne le plus : dans sa capacité à tenir ensemble l’abrasion et l’évidence. Il y a du free jazz dans ses échappées, du shoegaze dans ses halos, dans cette manière d’ouvrir l’espace tout en gardant la blessure à portée d’oreille. Mais il y a aussi, plus profondément, un amour de la mélodie presque classique, presque romantique, que Leppin revendique sans détour.

Janel Leppin fait du violoncelle un organisme électrique, instable et profondément humain.

Le morceau “Slowly Melting” a pris une dimension particulière sur scène lors de la tournée de Mdou Moctar : joué chaque soir, il déclenchait régulièrement la même question dans le public — où peut-on retrouver ce titre ? — preuve que la pièce avait déjà trouvé sa zone d’impact avant même sa fixation sur disque.

Une déclaration d’amour à la fuzz… et à la métamorphose

Slowly Melting est aussi le fruit d’un long déplacement intime. Depuis ses années d’études, Janel Leppin compose avec une blessure du haut du corps qui a profondément modifié son rapport à l’instrument. Cette contrainte n’a pas rétréci son univers : elle l’a forcée à s’élargir. Apprendre autrement, jouer autrement, orchestrer, arranger, explorer d’autres instruments, d’autres formes, d’autres équilibres.

Ce disque porte cette histoire sans jamais s’y réduire. Il ne sonne pas comme une revanche, mais comme une réinvention. Là où d’autres auraient cherché à revenir à un idéal perdu, Leppin choisit l’évolution. Elle fait de la limitation un laboratoire. Son violoncelle, restitué par la technologie analogique, gagne ici en sustain, en profondeur, en étrangeté tactile. On n’écoute plus seulement des notes : on sent des surfaces, des échauffements, des rémanences.

Cette matière trouve son sommet dans le morceau-titre, Slowly Melting, pièce centrale et magnétique, que l’artiste jouait déjà en tournée en ouverture de Mdou Moctar. On imagine sans peine l’effet en salle : des harmoniques épaisses, une mélodie poignante, une présence presque physique du son. Le titre agit comme un corps incandescent qui se déforme lentement sous nos yeux, sans jamais s’effondrer tout à fait.

Cartographie sentimentale

L’un des charmes du disque réside aussi dans la manière dont il cartographie une mémoire musicale très concrète. Kaffa House, joué sans accompagnement ni distorsion, rend hommage à une salle aujourd’hui disparue de Washington D.C., liée aux années punk et hardcore de Leppin. L.A. Land, lui aussi débarrassé de fuzz, conserve quelque chose d’un souvenir suspendu, presque cinématographique. The Brink Is Home salue l’ingénieur et producteur Mike Reina, compagnon de route essentiel dans son parcours de studio.

Ces morceaux donnent à Slowly Melting une profondeur supplémentaire : l’album n’est pas seulement une recherche sonore, c’est aussi un album de lieux, d’alliances, de fidélités. Il raconte une artiste au sommet de son langage, mais toujours reliée à des scènes, des amitiés, des histoires concrètes. C’est ce qui lui évite toute abstraction froide. Même dans ses passages les plus vaporeux, ce disque reste habité.

Visuellement, sa pochette aux teintes roses et violacées dit déjà quelque chose de cette musique : une douceur apparente, mais traversée d’électricité ; un visage calme, mais déjà pris dans une combustion lente.

Slowly Melting transforme la fuzz en révélateur d’émotion, pas en simple effet.

Entre free jazz, shoegaze et beauté qui vrille

On pourra repérer dans Slowly Melting des affinités avec le free jazz, avec My Bloody Valentine, avec Sonny Sharrock, avec Godspeed You! Black Emperor, avec toute une lignée de musiques qui préfèrent la densité au joli contour. Mais Janel Leppin ne juxtapose pas des références : elle les dissout dans un langage personnel, mûri, habité. Son disque solo paraît d’ailleurs en parallèle de Pluto in Aquarius, nouveau chapitre de son ensemble Volcanic Ash : deux faces d’une même artiste, l’une tournée vers le collectif et le politique, l’autre vers un tête-à-tête plus nu avec le son, le corps, la mémoire.

Slowly Melting est un disque rare : il ne cherche pas l’effet de prestige, mais l’état de trouble. Il laisse dans l’oreille une lueur sale, une braise rose, un courant faible qui continue de travailler longtemps après la dernière note. Le violoncelle n’y est plus un monument. Il redevient ce qu’il aurait toujours dû rester : un animal sensible branché sur l’orage.

Tracklist

Slowly Melting | 2026

A propos de Janel Leppin

Violoncelles, compositions, improvisations, orchestrations : depuis Washington D.C., Janel Leppin trace un parcours singulier à la croisée des musiques nouvelles, du jazz aventureux et des formes expérimentales. Violoncelliste et multi-instrumentiste reconnue, elle s’est imposée au fil des années par une écriture à la fois sensible, audacieuse et profondément habitée. Active en solo, en duo avec le guitariste Anthony Pirog au sein de Janel and Anthony, mais aussi à travers son ensemble Volcanic Ash, elle développe un univers où la mélodie, la texture et l’improvisation dialoguent sans cesse. Avec Slowly Melting, elle révèle une nouvelle facette de son art : plus intime, plus électrique, mais toujours traversée par une intensité rare.

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