Pochette de l'album "Fourrure Sounds Vol.3 to 6" par l'artiste Domotic aka Stéphane Laporte

STÉPHANE LAPORTE

Fourrure Sounds Vol.3 to 6

ambientelectrosoundtracks
Label

Astra Solaria Recordings

Origine

France

Année de sortie

2026

Pochette de l'album "Fourrure Sounds Vol.3 to 6" par l'artiste Domotic aka Stéphane Laporte

STÉPHANE LAPORTE

Fourrure Sounds Vol.3 to 6

ambientelectrosoundtracks
Label

Astra Solaria Recordings

Pays

France

Année de sortie

2026

STÉPHANE LAPORTE | Fourrure Sounds Vol.3 to 6

Entre 2014 et 2016, Stéphane Laporte a enregistré de nuit une série de pièces électroniques sur un Yamaha MT4X quatre-pistes, dans diverses configurations, avec une petite arche de machines analogiques, de réverbs à ressorts et d’échos cabossés. Fourrure Sounds Vol. 3 to 6 rassemble 36 fragments choisis dans cette chambre noire : miniatures rythmiques, esquisses hallucinées, pulsations de poche et visions électriques où la musique semble dormir sur un tapis, mais rêver en plein voltage.

Le quatre-pistes a des poils, des rêves et des courts-circuits

Une suite qui ne se contente pas de suivre

Les deux premiers volumes de Fourrure Sounds, parus dans le sillage d’Antinote, avaient déjà ouvert une porte singulière dans l’œuvre de Stéphane Laporte : une électronique plus instinctive, moins domestiquée que Domotic, moins polie par l’ordinateur, davantage travaillée par le geste, la bande et l’accident.
Vol. 3 to 6 ne prolonge pas simplement cette aventure : il en révèle les souterrains. On n’a pas affaire à un album linéaire, mais à une collection de chambres, de tiroirs, de couloirs latéraux. Chaque morceau ressemble à une photographie sonore prise trop près de la machine : on y voit le grain, la poussière, la lumière rouge du bouton rec.

Le disque avance par éclats : Xerographie comme une photocopie mentale, Rapport en note de service venue d’un bureau parallèle, Chinese Slippers en pas feutrés sur lino cosmique, Detroit comme une techno observée depuis une cuisine française, Drugged Cop comme une poursuite ralentie dans une cassette vidéo qui fond au soleil.

Stéphane Laporte ne restaure pas le passé : il l’enregistre pendant qu’il clignote encore.

La nuit comme studio

Toutes ces musiques ont été enregistrées de nuit sur un quatre-pistes Yamaha MT4X. Cette précision change tout. La nuit n’est pas seulement un horaire : c’est un filtre, une méthode, une acoustique intérieure. Elle permet aux machines de parler plus bas, aux rythmes de boiter sans honte, aux mélodies d’apparaître comme des insectes lumineux.

Laporte disait à propos des premiers volumes qu’il avait retrouvé, grâce au quatre-pistes, une forme de respiration : plus de forme d’onde à analyser, plus de quantification possible, seulement l’oreille, la prise, l’acceptation ou le recommencement. Cette contrainte donne ici une force très particulière aux morceaux. Ils ne cherchent pas la perfection : ils cherchent le point exact où l’idée devient vivante.

Le titre Fourrure Sounds vient de ce tapis en fourrure sur lequel les machines reposaient lors des premières sessions. L’image est presque trop belle pour être seulement anecdotique : une électronique posée non sur une table de laboratoire, mais sur une matière douce, animale, absorbante.
C’est peut-être cela, le secret de cette série : des sons de circuits, mais pas froids ; des séquences, mais pas mécaniques ; des boîtes à rythmes, mais comme enveloppées dans un duvet étrange. Une techno de salon hanté. Une library music pour magnétophone insomniaque.

Miniatures, silhouettes, fausses pistes

La tracklist donne l’impression d’un inventaire retrouvé dans un meuble métallique : Bolide, Carte, Fratelli, Cohésion, Hyène, Downtown Office, Hardcore Nostalgia, Low Cost, Coroner, Xterminate, Ultra.
Les titres courts agissent comme des étiquettes collées sur des bocaux. On y conserve des humeurs, des vitesses, des déformations.

Transvaser, plus long, semble faire passer la matière d’un récipient à l’autre : du beat au brouillard, de la boucle au paysage. PSS-390 Beat assume son origine modeste comme un blason. The Four Tones, en moins d’une minute, sonne presque comme un logo oublié. Ground (Liquid Version) transforme le sol en surface mouvante. Hardcore Nostalgia résume peut-être le paradoxe de l’ensemble : une mémoire dure, mais rendue floue par la bande.

Tracklist

Fourrure Sounds Vol.3 to 6 | 1er juin 2026

Trente-six diapositives magnétiques sorties d’un rêve analogique.

Un bestiaire de machines

La liste du matériel ressemble à un générique de film expérimental : Roland SH-101, TR-808, RS-09, Korg MS-10, SQ-10, Stage Echo, Yamaha CS-70M, PSS-390, VSS-200, Prophet 600, Univox Minipops, Watkins Copycat, Danelectro 9100, Ibanez UE-400, Electro-Harmonix DRM-15… Mais l’album n’a rien d’une démonstration de collectionneur. Chaque machine semble utilisée pour ce qu’elle peut accidentellement révéler, pas pour ce qu’elle est censée prouver.

C’est peut-être là que réside la force de Stéphane Laporte : transformer le limité en infini discret. Faire d’une contrainte un paysage. D’un battement, une architecture. D’un écho, un couloir.

Verdict

Fourrure Sounds Vol. 3 to 6 est un album-archive, mais il ne regarde pas en arrière. Il réactive une façon de faire : directe, imparfaite, intuitive, presque enfantine dans son sérieux. Un album où l’électronique retrouve des doigts, des poils, des nuits blanches, des angles morts.

Stéphane Laporte nous rappelle qu’une machine peut rêver sans écran, qu’un quatre-pistes peut contenir une ville entière, et qu’il suffit parfois d’un tapis, de quelques synthés et d’un peu d’obscurité pour ouvrir une porte secrète dans le salon.

Astra Solaria Recordings — Rouen · Ce label trace une orbite singulière dans le paysage des musiques aventureuses. Sous l’impulsion de Bernard Grancher, il cultive une ligne oblique et artisanale : musiques électroniques sensibles, objets analogiques, curiosités sonores et sorties qui préfèrent les trajectoires secrètes aux autoroutes balisées.

A propos de Stéphane Laporte

Connu sous le nom de Domotic depuis le début des années 2000, Stéphane Laporte traverse l’électronique française en franc-tireur délicat. Son univers a souvent relié pop oblique, psychédélisme, minimalisme, ambient, krautrock discret et science du studio.
Le Solénopole avait déjà salué Autres Oiseaux, paru chez Astra Solaria, album d’une grande épure où les chants d’oiseaux inversés ouvraient une fenêtre sur une nature recomposée. Ici, la fenêtre se referme : on revient à la pièce, au tapis, aux câbles, aux machines. Mais le même art demeure : faire beaucoup avec peu, et laisser les sons respirer au lieu de les dresser.

Vous aimerez aussi
Pochette de l'album "Inferno'" par Boards of Canada
BOARDS OF CANADA

BOARDS OF CANADA | Inferno

Avec Inferno, Boards of Canada signe un retour fascinant : un disque hanté, dense et
Pochette de l'album "Appear Disappear" par le groupe The Young Gods
THE YOUNG GODS

THE YOUNG GODS | Appear Disappear 

Appear Disappear rallume la forge des Young Gods : guitares acérées, machines sous tension, poésie
Pochette de l'album "O.R.G.II" par le groupe Puce Moment
PUCE MOMENT

PUCE MOMENT | O.R.G.II 

O.R.G.II transforme l’orgue en organisme halluciné : un corps de souffle, de bois et d’électricité,