Pochette de l'album "House of Skin" par Clemens Posch de House of Skin

HOUSE OF SKIN

House of Skin

dubexperimental
Label

Jeopardize

Origine

Vienne, Autriche

Année de sortie

2026

Pochette de l'album "House of Skin" par Clemens Posch de House of Skin

HOUSE OF SKIN

House of Skin

dubexperimental
Label

Jeopardize

Pays

Vienne, Autriche

Année de sortie

2026

HOUSE OF SKIN | House of Skin

Avec son premier album éponyme, le Viennois Clemens Posch invente une électronique vouée à la métamorphose. En neuf pièces enregistrées entre 2022 et 2025, House of Skin assemble prises acoustiques, instruments numériques, voix dissoutes, rythmes obliques et rémanences dub. Le disque avance comme un organisme nocturne : il mue, hésite, se replie, puis réapparaît sous une autre forme.

Une architecture faite de peau, d’air et de mémoire

Le nom House of Skin pourrait désigner une demeure impossible : une maison sans murs, faite de membranes, de pores et de tensions. C’est exactement ce que suggère l’univers visuel du disque. Sur la pochette, de larges volumes arrondis émergent d’un espace brun rouge, comme des cellules au microscope, des planètes molles ou des corps en formation. La cassette transforme ces motifs en relique du futur, transparente et fragile.

Entre 2022 et 2025, Clemens Posch a enregistré, transformé, étiré et mis en boucle des matériaux acoustiques avant de les fondre dans une instrumentation numérique. Le résultat n’est ni franchement organique ni tout à fait électronique. Il se situe dans cette zone trouble où un geste humain devient algorithme, où une pulsation mécanique prend la chaleur d’un souffle.

Le dub constitue ici moins un genre qu’une loi physique : profondeur des basses, échos qui déplacent les perspectives, sons apparaissant comme des objets éclairés de côté. Posch n’en reproduit pourtant pas les codes. Il les plie, les rature, les plonge dans une pop spectrale aux articulations instables.

Une électronique à fleur de peau, où chaque boucle porte la trace de sa métamorphose.

Neuf titres comme neuf états de transformation

« U Turn » ouvre l’album avec presque rien : un unique coup de balai sur une batterie, filtré, découpé, réorganisé. De ce détail minuscule naît une pièce entière, comme si un grain de poussière suffisait à générer une météorologie. La voix modulée avance puis recule, mantra indécis entre présence et effacement.

« Stretchin’ » poursuit ce travail d’élasticité. Boucles dub distordues, tempo souple, mots qui finissent par émerger : “Stretching, bending, watching…” La musique s’étire devant nous, s’échauffe et prépare le corps à ce qui suit.

Avec « Never Quite », le disque atteint l’un de ses équilibres les plus fascinants : groove oblique, ombres de trip-hop, éclats de jazz expérimental, fragments toujours sur le point de se rejoindre sans jamais se fermer. « Light of all Light », plus frontal, ressemble à une chanson pop traversée par un courant industriel. Une ghost pop dont le refrain viendrait d’une pièce voisine.

« New Physics », bref et précis, agit comme un laboratoire miniature. Des bips mystérieux se regroupent peu à peu en motif accrocheur, comme si le morceau découvrait ses propres règles. « Bubbles », plus joueuse en apparence, installe pourtant une sensation d’enfermement. La formule “in bubbles that never pop” change la légèreté en piège : des bulles qui n’éclatent jamais deviennent des chambres étanches.

Tracklist

House of Skin | Juin 2026

House of Skin ne fait pas entendre des sons enfermés dans des morceaux : il montre des matières en train de devenir musique.

Anecdote — Le tombeau des fichiers perdus

« Most Heartless Grave » est né d’une disparition. Les enregistrements originaux ayant été perdus, Clemens Posch a reconstruit le morceau à partir d’un fichier MP3 de mauvaise qualité. Plutôt que de dissimuler cette blessure technique, il en a fait le cœur de la pièce. La dégradation devient matière, le manque devient orchestration.

Le titre met en scène la dépouille imaginaire d’un compositeur et convoque avec humour une citation kitsch de John Cage. Une plaisanterie nécromantique, mais aussi un hommage aux dossiers corrompus, disques durs morts et œuvres réduites à leurs propres traces. Ici, l’archive ne conserve pas le passé : elle le hante.

« Vis a Vis » ralentit ensuite le mouvement. Le dub se dénude, la texture gagne en granulation, comme une image révélant ses pixels. Cette suspension prépare « Clé from 5 to 7 », titre final inspiré de Cléo de 5 à 7 d’Agnès Varda. Comme le film, le morceau se tient dans un intervalle où l’attente modifie le temps. Deux heures peuvent contenir une vie entière ; quelques secondes mises en boucle peuvent déplacer un paysage intérieur.

Sous le plastique transparent, House of Skin expose ses nerfs : boucles dub, pulsations obliques et fantômes électroniques s’enroulent autour de la bande magnétique. Plus qu’un simple objet, cette cassette ressemble à un organisme sous verre, immobile en apparence mais prêt à muter dès que le lecteur se met en marche.

Une temporalité latérale

C’est là que House of Skin devient réellement singulier. Le disque ne progresse pas de manière linéaire : il dérive de côté. Les sons reviennent transformés, les voix changent de visage, les rythmes tournent autour d’un centre invisible. On n’écoute pas seulement une suite de morceaux ; on observe un mécanisme en orbite, une entité qui apprend sa propre forme.

Des échos du catalogue Warp des années 1990 aux rythmes obliques de Lolina, des collages outsider d’Adum Brate aux mantras glitchés de Gajek, les influences affleurent sans enfermer l’album. Clemens Posch les absorbe comme une peau absorbe la lumière : elles modifient la teinte, pas l’identité.

A propos de House of Skin

House of Skin est le projet solo du musicien viennois Clemens Posch, auteur-compositeur et producteur qui envisage le son comme une matière vivante, malléable et traversée de métamorphoses. Après des travaux plus directement liés à la pop, il en conserve ici l’instinct mélodique tout en en démontant les structures, mêlant enregistrements acoustiques, instruments numériques, boucles distordues et traitements vocaux jusqu’à brouiller les frontières entre l’humain et la machine.

Sa musique avance au rythme de pulsations obliques, d’échos dub et de textures fantomatiques. Une frappe de batterie isolée peut devenir l’ossature d’un morceau, une voix se transformer en spectre ou un fichier dégradé révéler une nouvelle profondeur. Sous le nom House of Skin, Clemens Posch construit ainsi un univers à la fois physique et insaisissable : une architecture sonore poreuse, où les styles changent de peau et où chaque imperfection devient la possibilité d’une forme nouvelle.

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